09 mai 2009


















Au delà des vertes conventions (version 1)

Si pour vous le thé vert est un végétal léger et un peu ennuyeux qui se fait infuser trois fois en zhong, vous devriez aller demander à Gilles des nouvelles de l’Anji Bai Cha.
Quoi de neuf à la M3T ?
Bah en cette saison, cela va de soi non ?
Les thés verts sont arrivés et seront ultra-frais pendant deux mois.
Ne les dégustez que maintenant ou jamais, sauf si vous aimez infuser l’herbe sèche…
Le petit nouveau est ample mais pur, sur l’asperge et les fleurs avec une finale sucrée.
Oubliez les conventions, la salade cuite et l’évanouissement des feuilles après trois infusions. Ici, le voyage est plein de promesses et ne craint pas les passages, trois, quatre, cinq, six pour 3g en zhong.
La grande classe avec une bouche riche, apaisée, loin des duretés habituelles.
Et quelles couleurs !
Un festival de verts tendres à soutenus.
Le bonheur.
Un thé de méditation, à boire avec soi dans le calme d’un dimanche après-midi.


Eloge de la lenteur (version 2)

Dimanche, ne presque rien faire, le doigt sur l’aiguille du temps, regarder quelques photos, se laisser bercer par Melody Gardot dans le titre « My one and only thrill ».
S’interdire l’effort, ne porter ses sens que vers la douceur, un temps propice à une dégustation de grande classe, pas forcément ruineuse, promenade sur un bouquet de fleurs, un souvenir d’asperges verts, sans amertume, ni raideur, une bouche ample et veloutée, regarder les reflets verts amande dans le lac limpide.
Boire le printemps, sentir la lourdeur du corps, l’appel du sommeil, se sentir tomber, refuser toute résistance.
Il faut aller maintenant à ce rendez-vous de l’éphémère, goûter à la fraîcheur des thés de saison, car dans deux mois il sera trop tard.









08 avril 2009






















Lukewarm, James !

Un récent article publié dans le très sérieux British Medical Journal indique qu’une consommation de thé noir (comprendre rouge, je présume) à haute température augmente très sensiblement le risque de développer un cancer de l’oesophage.

Vous pourrez lire un extrait de cet article et visionner une vidéo sur le sujet en suivant le lien ci-dessous.

http://www.bmj.com/cgi/gca?gca=338%2Fmar26_2%2Fb929&sendit=Get+All+Checked+Abstract%28s%29

L’étude a été menée sur une population du nord de l’Iran.

La qualité du thé y est-elle pour quelque chose ?

Il semble que non, non plus que la boisson en elle-même.

Comment prenez-vous votre thé ?

Au-delà de cette alarme, comment préférez-vous le boire ?

Je trouve que les températures trop chaudes nuisent à l’expression des thés les plus complexes et délicats.

C’est notamment le cas pour les Dan Cong et thés peu fermentés comme les WSBZ ou les Gao Shen Cha les plus fleuris.

A l’inverse, un thé refroidi perdra également toute expressivité.

L’important est donc de trouver un juste milieu.

31 mars 2009
























Bis repetita placent…

Voilà, la récolte d’automne de Pu Er du Mengku est emballée, importée, étiquetée, référencée, en un mot disponible.

Il y a notamment ce vrac 31 à pas cher, 15 euros les 75g.

C’est souple, bon, fruité, typé Mengku, gras ce qu’il faut. Un peu plus fin que la galette du début 2008 du même terroir.

Bref, que du bonheur. Un produit très bien placé, très agréable à déguster, qui tient bien les infusions, avec tout le raffinement et l’absence d’agressivité souhaités.

Il y a aussi une nouvelle galette Mengku.

Et après… ?

Bah, c’est du Pu Er frais, quoi.

Et on a beau se tortiller les fesses sur sa chaise, difficile d’y voir autre chose que ce que l’on déjà vu l’an passé.

C’est bien là le problème, Les années passent, les jeunes Pu Er se succèdent sur la carte et on finit pas se lasser de ce film.

« C’est toujours le même film qui passe » disait la chanson.

Alors, dans 10, 15 ans les différences se feront sans doute apprécier. Mais en attendant… on s’ennuie un peu.

On immobilise de la place chez soi, des sommes non négligeables pour stocker du Pu Er frais et tout se ressemble.

Heureusement qu’il y a les wulong pour donner un peu de couleurs au tableau parce que les années à venir risquent d’être un peu longues.

25 mars 2009


















Citoyen du monde

La saison des voyages va bientôt reprendre pour moi.

C’est chaque fois une renaissance, une source de vitalité.
Un besoin de voir vivre, évoluer les autres, de photographier leur environnement, au sens propre comme au figuré.

Déjà enfant, je visualisais les personnes vivant de l’autre côté de la planète et me demandais comment ils faisaient pour ne pas tomber, me figurant que je me trouvais sur le haut du globe, puisque je parvenais à tenir en place.

Les voyages d’agrément sont une chance, beaucoup ne peuvent sortir de chez eux pour divers raisons, moyens, maladie, d’autres s’épuisent dans les aéroports, un laptop accroché comme une lourde pierre sur l’épaule et ne rêvent que de chez eux et des leurs.

J’ai besoin du sentiment d’appartenir à une communauté plus vaste que l’hexagone, de me sentir « citoyen du monde » pour reprendre l’expression de l’un d’entre vous qui se reconnaîtra sûrement.

Dans mon « plan de campagne », entre avril et juillet, je promènerai mon sac entre la Suède, la Norvège, les Etats-Unis, l’Islande et la Tunisie. Partout, une petite tasse à couvercle de porcelaine me suivra, comme un poisson pilote, comme un moyen de retrouver un peu de chez moi partout où mes pas me porteront.

Il m’importe de garder ce repère partout, ce rituel de l’eau chaude et de l’oubli de soi, pour un temps.

09 mars 2009























Monstres sacrés volume 3

Galette 1987 « you shook me all night long » n°10

On peut être raisonnablement sensible à la théine et peiner à trouver le sommeil après une dégustation de bleu-vert, de vert ou de certains jeunes Pu Er.

En général, les vieux sheng sont peu dérangeant, le temps ayant calmé leur fougue, ce qui en fait d’agréables compagnons du soir.

Il en est tout autrement avec la galette n°10.

Qui n’a pas connu la longue nuit suivant une dégustation de cette référence, ne sait pas ce qu’est la solitude.

Thé de méditation nocturne pas excellence, il vous réservera des matins difficiles, jambes de plomb et estomac au garde à vous.

Vous l’aurez compris, il sera judicieux de terminer la dégustation avant la fin de l’après-midi.

D’un point de vue gustatif, ce thé est une splendeur. Beaucoup de rythme, de dynamique, une grande complexité aromatique et une spectaculaire longueur en bouche.
Pas de dureté ni d’âpreté mais il sera inutile de surdoser, le thé étant suffisamment expressif pour s’affirmer pleinement avec 4 ou 5g dans un volume moyen.
Dès les premières infusions, il est là, magnifique, rond, souple, tout en velours mais puissant, avec son nez mentholé et sa bouche végétale si fraîche, pure et transparente.

Un apprentissage préalable des sheng tendus me semble opportun avec par exemple les vracs 1980 et 1985, le Tuo Cha n°8 de 1986 pour pleinement apprécier toute la richesse de la galette de 1987.

Pas mal de fidèles de la place Monge la classent dans le quatuor de tête avec la galette n°13 de 1984, celle de 1985 n°11 et la n°29 de 1982.

Elle est bien entendu sortie de la carte et demeure difficilement trouvable (si vous en avez à vendre, contactez-moi ;o).

Je n’ose pas imaginer le prix de vente si elle devait réapparaître à la carte, si l’on songe au tarif d’une modeste galette n°19, par exemple…


02 mars 2009

















Avec le temps...

Tout s'en va, disait la chanson.

Les grands thés ne s'en vont que lentement.

Samedi soir, Antonio m'offrait une dégustation de Pu Er en vrac de 1950.

L'occasion d'organiser une rencontre entre un grand thé et une grande théière (la citrouille).

Après 8 ou 9 passages, nous passions aux bulles, laissant de côté le thé pour un temps.

Le lendemain l'eau chaude a repris le chemin de la théière avec bonheur.

Quatre infusions plus tard, le Pu Er avait encore une histoire à raconter.

Enfin, aujourd'hui, les feuilles ont retrouvé un peu de peps en zhong pour 5 nouvelles et dernières infusions. Trois jours de dégustation pour 5,5g de feuilles.

Il est toujours difficile de décrire ce qu'un thé de cette trempe apporte par rapport à un bon Pu Er. Peut-être un sentiment de sagesse, de calme; notions qui riment rarement avec expressivité et complexité. La dégustation est détendue mais riche.

En même temps, je terminais d'user un Bayé Dan Cong 4 engagé hier dans la théière "les coeurs".

Le Dan Cong offrait une très belle résistance aux infusions, passant de la fleur d'osmanthe à l'abricot sec, d'un jour l'autre.

Lorsque les feuilles sont un peu usées, il est intéressant de mener deux, voire plusieurs infusions en parallèle, sans risque d'interférence.

Les belles feuilles donnent décidément beaucoup au dégustateur.

23 février 2009






















Poésie figée dans la terre.

Comment décide-t-on de graver dans la terre un poème, comment choisit-on une théière plutôt qu'une autre pour laisser un message ...

Faut-il honorer les éléments constitutifs de la dégustation, l'eau, le thé, le dégustateur.

Je n'ai aucune connaissance du sujet. Aucune expérience. Juste quelques caractères sur ma sorcière laissés pour aider à libérer l'esprit, le temps de quelques feuilles.

Le précédent propriétaire n'avait pu me livrer le message.

Alors, j'ai sonné à quelques portes, pour arriver à une réponse, confiée approximative mais début d'une réponse.

(Le traducteur n'est pas francophone)

"I try to decipher the meaning of those words. I am not sure if they have been perfectly translated but I try my best!

Basically the words are grouped into 2 phrases, starting from the rightmost column. They can be translated as:

This is a poem composed by the old man who dwelled in an heavenly, cliffy mountaineous area. (just to describe how free and noble a life that the old man is having!)

Let's share the best tea ever together. (雨前茶 means the tea made from tea leaves harvested in a period between Ching Ming Festival and 穀雨 [the day in the luna calendar that rain is expected to flourish the vegetations] in spring. 雨前茶 is supposed to be in good quality because the tea leaves are collected new and they have just sprouted!)"



22 février 2009






















Monstres sacrés volume 2

S'il ne devait rester qu'un Pu Er dans ma collection, ce serait certainement la galette n°13 de 1984.

Je l'ai réellement découverte assez tardivement, il y a 3 ans.

J'ai pu en acquérir 2 par chance alors qu'elle sortait de la carte.

Longtemps vantée par l'ami Gilles, elle a mis du temps à se présenter à moi.

Il faut avoir essayé au moins une fois ce velouté, cette mâche onctueuse si souple.

Le caractère est très homogène avec une pointe de verdeur qui pourrait rappeler le carré de 1980 avec davantage de classe, un geste plus noble.

Ce thé est l'expression de l'harmonie, tout est parfaitement orchestré, si bien qu'il est bien difficile de décrire un tel équilibre. La longueur en bouche est exemplaire, sans brutalité, comme le souvenir encore frais d'un baiser tendre.

Tout s'impose au dégustateur qui subit le délice sans pouvoir intervenir, comme une onde de plaisir qui laisse sans volonté ou désir d'agir.

La bouche est fraîche, mentholée, la noix et la chataîgne ne sont pas loin.

La liqueur est expressive, dense mais jamais lourde.
Comme une grande Dame que rien ne saurait perturber.

L'ultime marche avant le royaume des seigneurs ?





20 février 2009

Ne nous plaignons pas...

Demain, samedi ou peut-être dimanche, irai-je à la Maison des Trois Thés en prenant mon métro ou le bus.

Ce n'est pas très pratique de chez moi ou de mes endroits de promenade habituels; il faut faire un changement.

Mais comment me plaindre en comparaison avec nos amis de province, Belgique, de Suisse, d'Italie et d'ailleurs qui doivent prendre un avion, un train à grande vitesse ou leur auto.

Et encore... il y a des voyages pour boire une tasse de thé qui méritent le respect bien davantage encore.

Jugez plutôt en regardant les photos que vient de me transmettre Antonio:









16 février 2009
























Vade retro !

Et si l’on cherchait à désapprendre pour mieux approfondir l’étude des thés ?

Il y a déjà plusieurs années que cette idée me trotte dans la tête.
Pourquoi ne pas tenter l’expérience du « blending ».
Entendons-nous bien : il ne s’agit pas de renier la recherche de pureté et le respect du terroir mais il faut bien considérer que nombreuses galettes de Pu Er sont déjà des blend et pas seulement les tâcherons.


Tenez, cette jolie galette n°57 de 2008, n’est-elle pas le blend de deux récoltes ?
Pourquoi ne pas aller encore plus loin et essayer d’unir les forces de différentes familles de thés ?


Imaginez un sheng un peu doux avec une finale sur le fruit frais exotique apportée par un peu de Dan Cong.
Un vigoureux carré 4 aux notes miellées procurées par quelques feuilles de beauté Académique 2.


Un univers sans limites s’ouvrirait à nos papilles, peut-être déjà exploré par certains d’entre vous.

Je vais faire quelques expériences pour voir si cela représente une perte de temps ou si, au contraire, le diable a mis le pied dans l’entrebâillement de la porte…

12 février 2009




Menu dégustation,

Comme les prémices d'un printemps dévotement espéré, quelques rayons de soleil ont honoré ma dégustation il y a quelques jours.
Alors, pris d'un enthousiasme soudain, j'ai enchaîné les belles choses.
Ba Yé Dan Cong 4, Tié Guan Yin 9, carré 85 n°4.
Il faut parfois savoir étaler les joujoux, s'amuser avec, regarder la lumière danser autour et capter la magie de l'instant.
Puis une chose qui me venait rarement en tête auparavant a rejailli : l'idée d'un menu avec plusieurs "courses" comme on dit de l'autre côté de la Manche.
Pourquoi ne pas penser une dégustation comme un repas ?
Prendre une entrée, un plat principal et un dessert.
Certes, cela demande du temps et de la vessie mais l'idée qu'un gong fu cha puisse se soigner comme un art de la table me séduit.
Il faut alors penser les accords, trouver des successions naturelles, ne pas gâcher un thé par le souvenir du précédent.
Un petit exercice intéressant qui apprend sur la personnalité de chaque thé, sa façon de marquer son emprunte et d'accueillir le suivant.
Pourquoi pas…



23 janvier 2009















Thés de crise !

Cela ne vous a pas échappé : la crise est là.
Derrière ce slogan racoleur, se cache l’espoir de raison, de parcimonie, de consommation intelligente.
Vous n’y croyez pas ?
Moi non plus.
Difficile d’imaginer que les gens vont se mettre à lire parce qu’ils ne peuvent plus se payer de console de jeux. Mais bon, comme vous êtes des gens bien, je vous propose ma solution à la crise… du thé.

Face à la vie chère, voici une toute petite sélection de références de la Maison des Trois Thés au rapport qualité/prix excellent.

Il y a bien sûr d’autres filières mais je les connais mal et d’autres seront meilleurs que moi pour vous les conseiller. Profitez de ces lignes pour nous éclairez de vos expériences.

Alors, bonne dégustation.

Dans la famille des Rocher, j’appelle le …

Bai Sui Xiang 2 (orthographe sous toutes réserves)
Un Rocher tout en finesse avec une belle rétro, une finale florale (assez rare) et une torréfaction légère.
La tenue des infusions est top malgré son côté aérien et son comportement lors des infusions longues est remarquable.

Dans la famille des Dan Cong, j’appelle le …

Bayé Dan Cong 4.
Famille illustre grâce au magnifique n°3.
Quelle ne fut pas ma surprise, lors de la découverte du n°4.
Un nez de fleur d’osmante (petite fleur blanche dont les senteurs évoquent la pêche)
Pour ceux qui ne connaissent pas, retenez juste que cela sent très très bon.
Je trouve que ce thé a un goût de confiture de mangue à la menthe poivrée.
Tout un programme…
Une très belle bouche, tout en équilibre, veloutée et grasse.
Des notes pâtissières avec une pointe élégante d’amertume qui laisse le palais frais avec un souvenir de fruits exotiques, surmonté d’une note résineuse.
En poussant les infusions suivantes, vous pourrez apprécier des saveurs gorgées de soleil, pêche, passion, pâte de coing.

Dans la famille des Wenshan Baozhong, j’appelle le …
Numéro 1.
D’accord, ce thé n’a pas la complexité d’un numéro 3 mais les notes de riz soufflé, de fruits sec, la bouche mielleuse et florale, sont bien là.
Les feuilles ne sont pas très belles mais elles donnent beaucoup.
Je conseille de doser léger pour éviter de faire ressortir l’amertume qui n’est pas souhaitable dans cette famille.


Je n'ai pas les prix en tête mais c'est dans le domaine de la raison.



06 janvier 2009



Putain, fait froid !

Avez-vous senti le monstre mordre ses sujets ?
Les avez-vous observés, courbés qu'ils étaient dans les rues, peinant à avancer entre deux abris ?
Je plains ceux qui n'ont pas de répit, rien de chaud à se mettre dans le ventre.
Même les privilégiés guettent des jours meilleurs.

Le matin m'accueille avec un Gao Chen Cha 12.
A peine arrivé au bureau, je reprends avec un Wen Chan Bao Zhong 1.
Il est 11 heures, voici venir le Tié Guan Yin 4.
Le déjeuner se termine avec la suite du Wen Chan.
17 heures, la pendule appelle un petit Vrac 23.
Puis, re-morsure du ciel, le temps de rentrer chez moi.
Le dîner se dépêche de terminer pour laisser place au carré n°2.

La journée a été ponctuée par le temps du thé. C'est bien agréable ainsi.
Pour demain matin, on parle de -12 à Paris.
Bon, peut-être pas à mon heure, mais tout de même...

Que ferait-on sans l'eau chaude...





29 décembre 2008


Vous en prendrez bien encore une petite couche ?

Voici ma seconde acquisition de cet hiver.

Ce sera la dernière avant longtemps et contrairement Philippe, je suis crédible quand j'avance sur ce terrain là.

Je cherchais depuis longtemps une théière pour les Dan Cong.

Je pense que les bonnes théières pour cette famille sont difficiles à trouver.

Il faut des parois fines pour une montée en température rapide mais également une terre qui conserve la température entre les infusions pour ne pas repartir avec une théière tiède entre chaque infusion. Enfin, il faut une terre noble pour aller loin dans l'expression et un volume suffisant pour que les feuilles puissent s'épanouir, ce dernier critère m'apparaît de plus en plus évident avec le temps.

Ca fait beaucoup de critères et ça ne se trouve pas facilement.

Avec cette théière, j'ai eu la chance de remplir le cahier des charges et, cerise sur le gâteau, l'esthétique est une réussite notamment avec un grain de terre d'une grande finesse.

Je n'ai fait que quelques essais mais ils m'ont semblé très concluants avec notamment la capacité de concilier une analyse très poussée des parfums et saveurs en même temps que des infusions riches en bouche. Même si l'on attendra jamais l'explosivité des parfums qu'offre le zhong, on pénètre avec cette théière un univers fait de liqueurs charnues et capiteuses qui ne me déplaît pas.
Et puis, ce bruit de sabre que l'on dégaine lorsque l'on retire le couvercle à longues lèvres est un régal...

Bon désolé, Philippe, j'ai encore tiré le premier...

27 décembre 2008


Comment vous dire…

J’ai vu passer un certain nombre de théières, voire un nombre certain.
On apprend à aimer les belles choses, à distinguer le bon grain de l’ivraie, le travail de l’artiste, le choix d’une terre particulière.
Et puis, il y a l’usage. On est parfois déçu. L’objet était beau mais se révèle médiocre dans sa tâche d’infuseur.
Et puis un jour … c’est la révélation, comme marcher sur quelque chose de dur, se baisser et trouver un diamant.
Cela m’est arrivé sans prévenir, par surprise.
Un coup de fil, puis un autre, une rencontre, un échange et enfin l’opportunité.
La chance de pouvoir acquérir un objet très spécial, miraculeux.
Une théière à l’esthétique parfaite, à la terre parfaite, à la taille parfaite, qui monte violemment et durablement à des températures insensées, change de couleur tout le temps, blanchit à plein, fonce dès qu’elle se vide, crépite, frémit au contact de l’eau bouillante.
Une vraie sorcière qui sonde l’âme du thé, va chercher les moindres secrets des plus grands, fait rendre gorge, tout avouer aux plus simples, détaille tout, avoue tout mais n’est jamais cassante ou brutale.

La théière ultime pour les Pu Er et sans doute pour les autres thés si on lui demande.

Un objet qui parle de générosité entre les personnes, offerte à prix d’ami parce que pour certains la transmission a du sens, parce que pour certains perdre, donner un peu de soi peut être un trésor.

Un tournant dans ma vie de dégustateur.

Merci.

22 décembre 2008

Rideau




Bientôt sur vos écrans, la collection hiver 2008/2009...


Bonnes fêtes à toutes et à tous !

21 décembre 2008




Et si...












Le proverbe dit: "si tu possèdes plus de trois objets, les objets te possèdent".




Cette pensée me trouble et je me demande si je ne devrais pas me séparer de certaines théières.



Mais qui pourrait bien être intéressé par de vieilles terres usagées...




18 décembre 2008


M3T Vs Mariage Frères

Vous en avez rêvé, je l'ai fait.

Enfin, sur ces colonnes, un banc d'essai comparatif des deux établissements les plus connus de la capitale.
Il se trouve que je les ai visités l'un après l'autre un week-end, il y a peu.
Ce qui m'a donné l'idée de ce "papier".
Samedi, j'étais place Monge, table 9 comme d'hab.
Dimanche, tea time aux Grands Augustins.
Les lieux:
La M3T propose une déco dans le style industriel londonien du meilleur effet avec des murs de briques et un sol en dur assorti.
La lumière douce très étudiée créé une véritable ambiance surtout lorsque la nuit tombe.
Les boîtes de thés grimpent le long du mur du fond et portent des inscriptions que personne ne comprend à part la patronne. Quelques théières sont suspendues mais rien de bien excitant car les terres épuisées sont planquées dans le cabinet privé de Madame à l'étage. Des livres sur la cuisson des crevettes et d'autres sur l'art de se masturber en pensant au thé sont disponibles près de l'entrée.
Le personnel est compétent et porte le cheveu court.
L'ambiance est studieuse et souvent silencieuse de peur de représailles, je présume.
Pour entrer, il faut sonner, comme chez Harry Winston. Mais c'est un peu moins cher.
Chez Mariage, la déco est pseudo coloniale. On porte le blanc comme chez le dentiste mais moins bien repassé, lin oblige. Le cheveu est souvent court aussi, mais moins que Place Monge. L'accès aux théières est plus aisé et le choix plus varié. Beaucoup de couleurs pour aller avec la déco de chez soi. Un bon point. Les boîtes sont plus grosses mais courent aussi sur les murs. Ca doit faire asiatique. On comprend les inscriptions mais elles ont souvent été choisies sous l'emprise de substances moins acceptées que le thé. Ici aussi, ça sent bon dans la boutique. Ca ne sent pas le thé mais c'est sympa. Le thé non plus ne sent pas le thé, d'ailleurs.
Il y a aussi un salon de thé pour déguster sur place mais à l'étage, cette fois. Ne vous trompez pas car si vous grimpez direct à l'étage à la M3T, vous risquez de redescendre plus vite que vous êtes montés...

La plus grande différence entre les deux établissements est probablement "le manger". A la M3T, faut venir avec, chez Mariage, il est fourni. Je précise qu'il n'y a pas de micro-ondes à la M3T. Venez donc avec un repas froid. Sardines, saumon fûmé, gigot froid, etc...
Chez Mariage, il y a des gâteaux, bons d'ailleurs et pas donnés. On peut aussi manger salé.
Sinon, pour aborder un sujet qui intéresse tout le monde, côté drague, la M3T, c'est mort. Ca branche pas du tout. Ou alors, j'ai rien compris. Chez Mariage, c'est plus ouvert, me semble-t-il. Par contre faut pas espérer consommer sur place. Rien n'a été prévu à cet effet. Pas de préservatifs aux toilettes, d'ailleurs, il n'y a pas beaucoup de place pour la bagatelle...
Pas trouvé de backroom non plus...
La clientèle est très différente. Place Monge, il y a un peu de bobos mais pas trop. Pas mal de jeunes et de groupes de femmes. Il y a même un des employés qui s'est spécialisé dans cette dernière catégorie. Enfin, quelques pervers qui fantasment sur les théières mais que les pouvoirs publics ont jugé acceptable de laisser évoluer en liberté.
Chez Mariage, y a du bobo, de la vieille et du touriste. Beaucoup de touristes...
Alors, à l'heure du bilan, difficile de se prononcer sur un choix.
L'eau chaude est bien meilleure Place Monge et pas toujours beaucoup plus chère.
Les théières sont plus grosses et décoratives chez Mariage mais deviennent de plus en plus chères avec les années.
Celles de la Place Monge sont plus petites, faciles à ranger et discrètes. Elles n'ont jamais été données. Mais le stock est mal géré. Difficile de trouver le même article en plusieurs exemplaires.

Essayez les deux.

17 décembre 2008




Relief...


Une donnée que j'observe de plus en plus fréquemment est le relief d'un thé, tant en bouche qu'au nez, la capacité à s'exprimer un certain volume qui ne doit pas être confondue avec l'épaisseur.


C'est un peu comme si l'on pouvait tourner autour des arômes et saveurs.


Ne dit-on pas qu'un thé décevant est plat ?


Le volume s'exprime aussi par l'espace occupé en bouche, la manière ont la liqueur va venir tapisser le palais, le rendu du tombé en bouche, comme un corps solide.



Certains grands thés sont très présents en bouche mais leur mâche est aérienne, tout comme leur faculté de disparaitre comme par enchantement tout en laissant un souvenir très présent au palais.


Seules l'observation et la concentration, bref le calme, permettent de remarquer cet aspect du caractère d'un thé.







16 décembre 2008



Bon les jeunes .... ?!
Vous êtes là ?
Ok, alors j'vais pas vous la tartiner façon tailleur vénitien.
Du gros, du gras, du lourd.
Des faits !

Voilà, dans le droit fil de mon sentiment du moment, c'est à dire "c'est qui l'patron ?!?", j'ai décidé de tester ma théière à Pu Er en terre soit disant épuisée (c'est moi qui m'épuise à force d'entendre ce couplet) avec .... un Dan Cong.
Allez, zou ! un p'tit Ba Yé 3, autrement dit, du tout bon, 5g, de l'eau chaude optimale ( Brita 8 jours) et roule !

Première infusion, 45", histoire de détendre mémère. Un peu raide, en bouche, pas très révélateur des capacités du thé et un nez décevant.

Round 2: 2'30" Résultat: beurk ! Du jus de métal ! Y a pas à dire, l'effet mémoire des théières, c'est pas du roman. Ah si vous aimez le minéral, ça va être la fête. Pour les autres, circulez...


Acte 2: changement de décor. On vide grand-mère et on transvase dans ma théière à Rocher.
Je me dis que le retour dans la maison des Wulong fera du bien. J'attaque sec avec 3'.
Du bon, du moelleux, du fond et du nez. Bref, ça va nettement mieux. Pourtant, la théière est plus grosse et j'ai même perdu quelques unes des feuilles dans le déménagement de peur d'abîmer le culottage de la première.


A l'heure du bilan. C'est intéressant. D'abord parce que sans vouloir tirer de généralités, l'expérience Dan Cong dans une théière à Pu Er est un échec clair et net. Ensuite, parce que même avec la seconde, ce que je pensais déjà se confirme: on perd trop au nez en fraîcheur en comparaison avec le zhong. Mais bon, aucune n'était culottée pour cette famille de thés.


Par contre, il y a quelques semaines, j'ai eu une belle expérience de dégustation de Dan Cong en théière à la M3T avec une liqueur tout en relief, un nez capiteux et expressif, de la mâche et une très enviable longueur en bouche. Tout cela avec un Ba Yé 4, pourtant plus modeste que le n°3.


Il y a donc matière à creuser et à renouveler les expériences.




02 décembre 2008


Plénitude hivernale.

Je n'ai pas trouvé mieux pour résumer mon sentiment du moment.
Pour la première fois depuis des années, je n'ai pas d'angoisse, de stress, d'excitation, ou que sais-je encore à l'idée de passer ma commande de fin d'année de thés.
Tout simplement parce que je n'ai pas d'envie ou de besoin particulier.
Je n'ai pas vraiment de trou insupportable dans ma collection de Pu Er, pas de wulong dont je rêve de découvrir les secrets, non rien que de la sérénité. Finalement, la crise tombe la bonne année. On serre tous un peu la vis sans s'en rendre forcément compte et cette année, il n'y aura pas de frustration. Les galettes jeunes ne font pas vraiment rêver comme le faisaient les vieux Cheng. On les achète pour les oublier sur une étagère, la plupart du temps. Dans l'espoir qu'elles deviendront grandes mais pas de raison de rêver. Les nouvelles références en Pu Er anciens sont intouchables alors, non rien à faire que de regarder tout ça avec le détachement d'une vache au bord d'une ligne de chemin de fer.

A l'heure du bilan 2008, je retiendrai simplement un tournant dans ma modeste et courte vie de dégustateur: la généralisation de l'usage du zhong. Je lui préfère la théière 9 fois sur 10, ne sortant les belles terres que deux ou trois fois par mois en moyenne.
Manque de temps, flemme, aspect pratique, précision pour la découverte de nouvelles références (qui ont été nombreuses cette année).
Plus d'avantages que d'inconvénients à mon sens. Et peut-être aussi le sentiment que le zhong me rapproche du thé, débarrasse d'une certaine forme de pollution de l'expérience par l'aura de la terre.

A tout bientôt dans ces pages et ailleurs.

16 novembre 2008








La théorie du dromadaire,

Comme vous ne l'ignorez pas, c'est le chameau qui a deux bosses. Si les enfants vous demandent comment s'en souvenir, dites leur que cha-meau = 2 syllabes et 2 bosses. Clair ?
Bon, revenons au thé. Oui, c'est bien de thé qu'il s'agit et plus précisément de wulong, wu-long, comme le chameau, mais revenons au dromadaire. Si vous dessinez la bosse de l'animal, vous devez partir d'en bas à gauche, oui là... puis remonter selon une courbe délicate, en suivant une pente douce mais haute. Puis, vous arrivez au sommet et redescendez vers la droite dans un mouvement symétrique au début de votre dessin.

Vous suivez ?

Bien... vous savez dessiner une courbe de Gauss, une bosse de chameau, heu non, de dromadaire, pardon.

Mais vous savez aussi dessiner une courbe d'amertume de wulong.

Eh oui, on ne va pas parler que de camélidés, tout de même.

J'ai découvert récemment que les wulong infusés assez longtemps perdent l'amertume qu'ils peuvent présenter sur des infusions de durée moyenne. Etonnant, non ?
Faites l'expérience avec plusieurs de vos références, c'est parfois édifiant.

Les infusions courtes sont satisfaisantes parce qu'elles sont délicates et qu'elles mettent en valeur les parfums mais la liqueur manque souvent de matière. Avec une infusion de durée intermédiaire, vous récupérez la matière mais vous vous prenez souvent une correction du point de vue de l'amertume.

Avec certains thés, je ne dis pas que cela marche chaque fois, ni que je maîtrise parfaitement la technique, une infusion longue, disons au-delà de 45" pour 4g de thé non usé en théière par exemple, vous allez découvrir tout un monde de promesses insoupçonnées.

A tel point qu'il est difficile de reconnaître certains thés que l'on avait appris à seulement effleurer.

J'ai encore fait l'expérience aujourd'hui sur ce formidable petit Bayé Dan Cong 4.

Départ à 15" puis 1mn, puis 2, puis 3, franchement et sans crainte.

Epatant !

10 novembre 2008



Prologue au plaisir.

On parle souvent de temps du thé, celui de la dégustation ; de l’après thé, tenue en bouche, sommeil léger.
Mais on parle peu de l’avant thé.
De plus en plus pourtant, je pense que la préparation du palais joue un rôle déterminant dans la réussite de la dégustation.
J’ai pensé me faire une petite liste d’aliments qui ruinent une dégustation à venir.
Certains font ressortir les défauts d’un thé, d’autres masquent ses qualités.
Vous avez sans doute déjà élaboré votre liste d’interdits afin de préserver vos dégustations.
Je citerai juste quelques exemples pour que mon propos soit plus clair.

Les Dan Cong bien préparés ne sont pas dramatiquement amers mais il faut être attentif à leur préparation et les rencontrer avec le palais vierge de certains mets qui ont tendance à exciter leur caractère. Evitez les agrumes, la pâte d’amande et le gingembre.

De manière générale, si vous ne pouvez pas espacer le dernier repas et la dégustation de thé d’au moins deux heures, abstenez-vous de dessert.
La dégustation est moins raide après des mets salés que sucrés, lesquels rendent agressifs presque tous les thés.

Dans mes premières années de dégustateur sérieux, j’aimais bien manger japonais (sushi, Chirashi, etc..) avant le Pu Er.
Puis, je me suis rendu compte qu’il s’agissait d’une erreur.
La sauce soja contient trop de sucre et de sel et masque les saveurs.
La soif est décuplée artificiellement mais la dégustation est trop imprécise.
Le poisson blanc et les légumes vapeur ne font pas trop de dégats.

Préalablement à une dégustation de grande classe, je préconise de manger du pain avec éventuellement un peu de beurre. C’est tout.
Fuyez le pain aux noix, et autres fruits secs. Les olives sont également nuisibles. Tout comme les abricots secs, apporteurs de sucre.
Un très bon pain peut constituer un savoureux repas assez neutre pour préserver toutes les qualités de votre thé.
Evitez toutefois les pains spéciaux comme ceux réalisés à partir de farine de seigle ainsi que les multi céréales trop puissants en goût.
J’ai de bonnes expériences avec le levain naturel. Son acidité éveille les papilles sans trop plomber la bouche.
On peut le faire griller pour agrémenter un peu le repas mais il y a un petit risque de masquer les saveurs pâtissières des Rocher, par exemple.
Pas de risque avec un Pu Er, en revanche.

Pour la boisson, de l’eau, de l’eau et rien que de l’eau. Le vin, c’est la cata, sans parler de l’effet de l’alcool qui abaisse le niveau d’attention.

Dois-je préciser que le café assassine le thé ?

Enfin, déjà évoqués les fruits, bien que légers, font trop de concurrence au thé et sont à fuir avant les wulong et même les Pu Er compte tenu de leur apport en sucre et de leur acidité.

Un peu austère, comme propos, me direz-vous.
Pourtant, si vous vous apprêtez à vous rendre dans votre salon de thé préféré et claquer l’équivalent d’un repas au restaurant pour déguster un thé pendant deux heures, il serait dommage de gâcher la fête, n’est-ce pas ?

08 novembre 2008


L'automne est bien là,

J'ignore comment font les personnes qui vivent dans des régions du monde où les saisons se ressemblent. J'ai besoin de ces successions même si l'automne demande beaucoup au moral. Il faut du cran pour supporter de quitter l'été et sa douceur, son plaisir de vivre. La saison suivante est celle d'un long processus de dépouillement. On perd pour mieux retrouver au printemps. On y laisse aussi parfois un peu de son courage. Alors, l'envie réapparaît de créer une ambiance chaleureuse. On recherche les siens, les objets chers, les lainages, les feux de bois et les bougies, tout ce qui peut rappeler la lumière et la chaleur perdues. Même les thés dégustés ne sont pas les mêmes. Les Rocher sont à l'honneur, les saveurs et parfums de fruits sec et les notes pâtissières sont appréciés.
Tié Guan Yin n°4 découvert tardivement grâce à Florence, Shui Xian 5, fidèle compagnon des saisons froides, Da Hong Pao 4 et sa force réconfortante, Mi Lan Xiang 4 qui débarque parmi les familles de Wulong moins estivales que la sienne, Bu jian Tian et son grain poudré qui évoque la cacao sans faire l'impasse sur des notes fleuries.
Sans parler des Pu Er qui s'invitent dès que la pluie entre en scène.

Il nous faut cette richesse, ces parfums capiteux pour affronter l'hiver prochain, traverser la longue nuit de l'année et gagner une nouvelle fois la lumière du jour.

03 novembre 2008



Ba Xian 2 de Taiwan

Lorsque l'on décide pour la première fois de déguster sérieusement un wulong, l'initiateur pose souvent la même question: dans notre référentiel, gustatif, que va-t-on rechercher: le fruit frais, sec, la fleur ou le miel ?
C'est réducteur mais souvent précieux pour borner un sujet si vaste et étourdissant pour un néophyte.
Peut-être avez-vous aussi répondu à cette question, peut-être avez-vous en tête une réponse évidente qui signe votre ou vos penchants.
Lorsque l'on m'a posé cette question pour la première fois, il y a 8 ans, j'ai dû répondre le fruit sec ou frais, peut-être la fleur mais pas le miel. Ce n'est pas que je n'apprécie ce mets en général, mais je suis un peu gêné par tant de rondeur qui confine parfois à l'ennui. J'entends le chant des abeilles me bercer et je crois perdre toute énergie, vivacité. Et puis, ce monde me semble moins vaste que l'univers des fruits ou celui des fleurs.
Cette distance est restée avec le temps et ce n'est que rarement qu'il m'arrive de fréquenter ces rivages du thé, souvent par le "fruit" du hasard.
Comme samedi dernier par exemple, lorsque, accompagnant l'un d'entre vous, au terme d'un épique et endiablé shopping Place Monge, j'ai eu l'occasion de recevoir 5g de Ba Xian 2 de Taiwan.
Quelques jours ont passé et j'ai pu, au calme, aborder cette référence studieusement. Les feuilles sèches et chauffées annoncèrent d'emblée la couleur: bienvenue dans l'univers du miel, de l'hiver, de la montagne et des forêts de pins. Dès les premières effluves, j'eus l'impression d'être transporté dans un refuge de montagne et sentis que l'on ne me proposerait pas de conclure de sitôt...
En même temps, le parfum complexe et racé avec une belle ligne d'acidité ne m'emmenait pas si loin de celui de certains Rocher, comme le Shui Xian 5, par exemple.
Les feuilles rincées ont confirmé la dominante de miel plutôt sombre avec une belle profondeur.
Les infusions ont donné du spectacle au nez avec une intéressante évolution des parfums au fil des passages avec bien sûr une trajectoire allant du miel au résineux à quelque chose de plus floral, transparent, aérien qui n'était pas pour me déplaire. La bouche a été stimulée de manière parfois un peu anarchique avec des tanins pas toujours bien lissés et une ampleur perfectible. A ce titre, je pense qu'en zhong, 4g auraient suffi. En revanche, la persistance en bouche peut être qualifiée de phénoménale. Une heure plus tard, j'ai l'impression que l'on m'a tatoué le nom de ce thé au palais...
Vous l'aurez compris, ce n'est pas mon monde mais je dois concéder que ce thé a de l'expression, de la personnalité et plaira certainement à tous ceux qui rêvent la nuit de pénétrer dans l' "Hundred Acre Wood"...

02 novembre 2008




Monstres sacrés volume 1



Avec cet article, j'engage une petite série de présentations de thés qui ont marqué durablement mon expérience de dégustateur de Pu Er anciens.

Ne cherchez pas ailleurs que dans le catalogue de la Maison des Trois Thés, je n'ai tout simplement jamais approché le moindre vieux Pu Er digne d'intérêt venant d'ailleurs.

Beaucoup de ces références sont à présent épuisées et n'ont plus pour elles que la force du souvenir, sauf pour ceux qui ont eu la chance de pouvoir les collectionner.

Je commence donc avec un thé qui fait inconstablement partie de mes plus chers, au sens sentimental au moins du terme.

J'ai nommé le Tuo Cha n°8 de 1986.

Il y a dans ces feuilles un peu de sorcellerie, serais-je tenté de dire.

Originaire du même producteur que la galette Yi Wu n°10 de 1987 et de la brique n°11 de 1985, ce Tuo Cha fait partie d'une sorte de "dream team" des 80', sorte de paradis perdu du thé noir.

L'infusion est d'un bel orangé, très odorante pour un Pu Er.

La bouche est tout spécialement sur le fruit avec une belle acidité minérale, des notes de coing, de ginseng et d'agrume.

Est-il utile de préciser que les infusions sont très vertébrées et se succèdent très longtemps avant que le thé ne présente des signes de fatigue.

Il faut savoir réserver un temps hors du temps à de telles références, leur consacrer un espace de calme et de concentration pour les honorer comme elles le méritent.
C'est alors qu'elles livrent leurs trésors pour notre plus grand plaisir.


12 octobre 2008




Quand on ne fait pas de thé...


Il y a un temps pour le thé, large, vaste, précieux et fréquent.

Mais le thé n'est pas tout et l'envie doit se ressourcer.

J'aime la Coupole à Montparnasse. J'aime l'Art Déco et ses temples.

C'est un endroit calme et majestueux où il fait bon flâner de temps en temps.
Le chocolat y est délicieux et bien moins lourd que chez Angelina mais les touristes ne le savent pas. Et puis, que boire, sinon...
On y traîne au matin, et si l'envie se présente, on peut y déjeuner très correctement.
Il y a toujours eu de beaux cafés à Paris, comme à Vienne, mais l'interdiction de fûmer les rend enfin fréquentables.
Quand le temps s'y prête, on peut traverser le Boulevard du Montparnasse et s'enfoncer dans le VIème arrondissement, se promener dans le jardin du Luxembourg, passer prendre une patisserie chez Sadaharu Aoki ou chez Pierre Hermé sans oublier les délicieux chocolats de Jean-Charles Rochoux. Ses truffes sont à se damner...
Et puis, toutes ces adresses sont assez proches de chez moi, un jet d'autobus m'y transporte sans peine, alors...

L'après-midi s'annonce enfin et il est temps d'appeler Gilles et de réserver la table 9, faire escale pour deux heures de détente totale avant de reprendre la balade et faire quelques photos en chemin.
Et vous, que faites-vous de votre temps hors du thé ?

20 septembre 2008

Pas assez cher, mon fils...

Il y eut des moments difficiles au pays des collectionneurs de pu Er.
Des temps durant lesquels, certains devaient user de mille ruses pour financer leur passion.
J'en ai même connus qui ont dû faire commerce de leur corps pour s'offrir les précieuses galettes.
D'autres ont dû sacrifier certains de leurs organes pour parvenir à leurs fins. On les appelait les Eunuques du Mao Cha.
Un jour, j'ai même croisé un borgne à la M3T...
Ce temps est révolu. On a eu chaud !
J'en étais même arrivé à me demander quel était le doigt dont j'aurais pu me passer pour lever la tasse et la brochure d'une clinique de Floride traîne toujours dans ma chambre. Je demande publiquement pardon à la famille américaine qui m'a accordé sa confiance et son espoir...

C'est fini !
Basta!

On va pouvoir s'éclater à mort avec les tarifs 2008.
La matière première a vu son prix fondre mais pas la qualité.
Et la M3T répercute les baisses pour le plus grand bonheur de ses fidèles.

La carte s'est enrichie ces derniers jours de 7 galettes de 200g, d'une briquette de 65g et de trois vracs. J'oublie peut-être quelques références mais vous pourrez faire vos recherches par vous mêmes.

Les galettes d'abord, toutes issues de théiers séculaires. La maison semble résolument décidée à monter en exigences chaque année. Probablement pour se démarquer toujours plus des thés disponibles sur le Net.

Voici la liste des galettes millésime 2008 fraîchement arrivées:
Yi Wu 52€
You Le 28€
Men Song 28€
Pa Sha 24€ (également disponible en briquette de 65g avec étui de voyage à 8,50€. Le Pu Er frais des voyageurs)
Nan Nuo 33€
Meng Ku 24€
Si Yuan 27€
Notez que pour ce dernier thé, il ne s'agit pas d'un terroir mais d'un blend réalisé à partir d'autres terroirs. Une recette maison en quelque sorte. Amusant, non ?

Les vracs 28 (1998 13€/100g) et 29 (2000 11€/100g) sont des Shu, le 30 (1993 28€/50g) est un Sheng stocké en milieu sec.

Un choix impressionnant que votre serviteur n'a pu que survoler.
En fait, j'ai dégusté le Yi Wu qui frappe très fort.
Pour être clair, si je mets à part les Pu Er issus de théiers millénaires, cette référence est la meilleure que j'ai pu goûter à ce jour, tous fournisseurs confondus.
Fruits frais, très complexe, étonnament souple et sucré pour un Yi Wu jeune, déjà une véritable gourmandise tout en distinction avec du fond, du vrai et une mâche très élégante. Un tantinet snob, tant il se moque de la durée d'infusion: jamais de raideur, d'amertume, de crispation, un horizon lointain sans ce sentiment si fréquent de se heurter à un mur d'impuissance dès que l'on cesse de regarder le chronomètre.
Il s'agit d'un mélange de deux récoltes du printemps 2008.
Une très belle réussite.

Voilà, c'est tout pour le moment. Excusez le côté publi-reportage mais je voulais vous donner des faits et informer ceux qui ne se déplacent pas facilement Place Monge.


07 septembre 2008



Hommage humide et canaille au grand Serge,

Retour de force pour la dégustation de vieux Pu Er.

Bien longtemps que je n’avais plus le palais à la bagatelle.

Le soir venu, de retour du chantier, j’avais le cœur végétal.

Dans ces conditions, plus de place pour la soupe au Viandox.

Mais avec le temps, passée la saison chaude, les ballades en forêt me manquent de nouveau.

Avec le recul, bien content d’avoir joué l’écureuil dans les épisodes précédents.

Pas demain que je manquerai de noisettes…

En plus, j’ai la pince écossaise et le dosage aérien.

D’autant que le p’tites galettes, pour les toucher, faut d’abord les allonger, sinon c’est froid comme en décembre.

Bien heureux que la chasse au plaisir soit de nouveau ouverte, ça va frétiller tout l’hiver dans les Yi et les Xing, on va faire tinter la porcelaine comme dans les jardins du Zwinger.

Ca donnera peut-être pas l’heure mais on ne sera pas desséché du gosier.

Le principal, c’est que pieds-de-poule ou prince-de-galles, je prenne mon pied et m’rince la dalle !

28 août 2008



The man who has been there...
Cela commence un peu comme un titre de chanson de Johnny Cash et puis finalement cela vous renvoie au thé.
Il y a ceux qui en parlent, en boivent, en achètent, écrivent sur le sujet et puis il y a ceux qui vont en Chine pour essayer de comprendre le thé.
Ces personnes méritent notre respect car elles ont poussé la passion jusqu'à s'investir au-delà de la gestion d'un simple loisir.
J'ai découvert grâce à Michel certains jeunes Pu Er de Nada.
Je dois dire que leur point commun est "le fond".
Que l'on apprécie les parfums, saveurs, rondeurs et l'aspect général d'un thé est affaire de goûts et de vécu.
Un critère me semble en revanche déterminant dans le choix d'un thé: le fond.C'est à dire la complexité, la personalité, la typicité.
En bref le caractère.
Sans cela, il ne reste que l'ennui.
Les autres critères objectifs accessoires du premier sont la transparence et l'endurance.

Les Pu Er de chez Nada que j'ai pu goûter ont des qualités, parfois aussi des défauts (encore que pour leur prix...) mais ils ont tous du fond.
En gros, ils ont une histoire à raconter.

Je n'ai pas l'expérience et la connaissance pour dire s'ils deviendront de grands Pu Er mais cette incertitude plane sur tous les jeunes thés sans distinction de provenance et de prix...
La différence, c'est que les prix de Nada sont raisonnables au regard de la concurrence.
Je pense que je vais suivre cette carte avec intérêt.
Le 12 Gentlemen Yiwu 2006 est délicieux, le Yiwu Yi Chang Hao 2007 est un peu fermé et timide au nez mais fin et prometteur avec un caractère de Pu Er bien juteux déjà bien trempé et la galette "Nada" 'Cha Chan Yi Wei' 2008 tirée à 40 exemplaires à sa demande n'est pas une curiosité.
C'est un vrai bon, délicat et increvable Pu Er.
J'ai préparé un zhong avec 2 grammes que j'ai suivi sur 4 jours.
J'ai finalement jeté les feuilles ... pour libérer un zhong, non parce qu'il était mort.

J'ai eu de bonnes expériences avec Yunnan Sourcing mais la carte de Scott est résolument bas de gamme, par choix sans doute.
Avec Nada, on tient enfin une source fiable orientée vers des Pu Er plus sérieux.
Essayez...
A link that is producing or tending to produce happiness, a felicific place :

26 août 2008



Un peu d'histoire,



On nous bassine que les Chinois avaient déjà bâti une civilisation pendant que nos ancêtres cherchaient encore des glands dans la forêt.



Bon, d'accord...



On nous récite que le thé, le Pu Er, c'est une affaire de Chinois, que l'on évalue l’origine des premiers plants de théiers à l’état sauvage, entre 60 à 70 millions d’années dans le sud-ouest de la Chine. Bon d'accord, d'accord, tout vient de là-bas, c'est entendu.



Mais le thé en Occident, en Asie Mineure, en Afrique hein ?



Les Holandais ont introduit le thé en Europe en 1606 ?



C'est ce que l'on nous a appris mais faut-il le croire...



Le reste du monde aurait-il attendu si longtemps pour découvrir les plaisirs du thé ?



Pas si sûr...



J'ai effectué une petite recherche pour vous et l'art parle souvent davantage que les livres.



Jugez plutôt en observant quelques oeuvres reproduisant la vie des amateurs de Pu Er, oui, j'ai bien dit de Pu Er !

















Regardez cet Egyptien de l'Antiquité en train de tasser ses galettes dans sa jarre.




Mais s'il ne fallait en retenir qu'un, un seul, le plus illustre des dégustateurs de Pu Er de toute l'histoire, ce serait celui-ci:
















Observez la fureur de Moïse qui, parti en pleine nature avec un groupe d'amis pour déguster un vieux Sheng compressé, se rend compte qu'il a oublier d'emporter de quoi découper sa galette.



Bien d'autres témoignages de l'histoire du thé se cachent dans les musées de nos villes.



Il nous appartient de rétablir la vérité !



A la demande générale, je rajoute une référence incontournable et d'actualité:





Le discobole immortalisé par le sculpteur Myron, cinq siècles avant JC !


Nous sommes ainsi renseignés sur la nature de la première discipline olympique: le lancé de galettes !


24 août 2008



L'age de raison.

On nous avait dit qu'il faudrait être patient, que l'on ne profiterait peut-être pas du fruit de nos efforts, que nous pourrions bien investir pour les générations futures, qu'acheter des Pu Er jeunes et les stocker, c'était mourir un peu puisque, accepter la course du temps.

Les plus braves ont tenu bon, ont dépensé, immobilisé des sommes non négligeables, encombré leur logis pariant sur le thé, pariant sur le temps.

Alors ils s'étaient donnés rendez-vous avec l'histoire, parfois effrayés par le message que ce pari fou représentait.

J'ai fait partie de ces fous heureux et je n'attendais pas de récompense pour mes efforts dans cette vie ou dans une autre.

Et puis, l'espoir est né peu à peu à force de goûter et regoûter l'œil aux aguets, tous les sens en éveil dans l'espoir d'un signe du temps. L'espoir de signes du temps, de maturation de thés, l'espoir d'un rendez-vous plus proche que promis.
.


Aujourd'hui, j'ai assez de recul et de tests derrière moi pour fêter la victoire, brandir la tasse et clamer que nous avons bien fait, que le temps n'est pas figé et tend déjà la main aux fidèles.

Tenez, cette galette 31 M3T qui a fait grincer bien des dents. Cette galette que certains voulaient brûler sur l'autel du stockage sec, que d'autres savouraient presque en cachette et avec honte. Et bien cette galette est passée de l'autre côté, du côté des vrais et bons Pu Er avec sa robe fauve, sa transparence, son velours et des saveurs de fruits secs et de vieux parchemins. Ce thé maudit sera vengé et maudira à son tour les incrédules.

Parce que ce thé aujourd'hui, je vous le dis, ce thé il y a encore peu si vert, poissonneux et ingrat, ce thé maintenant est magnifique et vient, chez moi en tous cas de refermer la porte de la honte et du doute. Il est entré dans une phase de maturité. Alors, je vous entends déjà rire de ce dégustateur naïf qui nierait le rôle du stockage humide et voudrait accélérer le temps pour se faire plaisir, pour se rassurer.

Je tiendrai bon. Si le temps n'a certes pas achevé son oeuvre, il est au travail et rend déjà des comptes qu'il est bon de boire ici et maintenant.

Puissent les autres thés suivre cette voie et nous ravir avant que n'ayons oublié de nous faire plaisir.





(Derniers essais: Yixing 13cl, 3g de galette 1998 n°31, inf de 30" à 5')




17 août 2008



L'Alpha et l'Omega.

Ok, j'ai une confession à vous faire: je ne suis pas cool.
Pas du tout même. Pourtant, j'ai essayé, j'écoute même Led Zeppelin et Cesaria Evora.
Mais rien à y faire, dès que je porte un T-shirt avec un slogan, j'ai l'air déguisé et je ne supporte pas l'imprécision et le non respect des règles.


Par exemple, je suis incapable de préparer une infusion sans compter les secondes dans ma tête.


Pour aggraver mon cas, j'ai épousé la femme la moins cool de l'hémisphère nord avec un sens de l'humour plus sharp qu'une lame japonaise.

Alors quand je croise des gens cools, c'est amusant.
Pas hostile mais amusant.
Tenez, Michel, par exemple. Il est adorable ce type.
Je ne le connais pas beaucoup mais je le trouve cool. Il doit l'être.

L'autre jour, il m'envoie du thé pour que je goûte des trucs.
Alors, c'est du Michel, quoi... Ca part dans tous les sens.
Y a des sachets avec des mots griffonnés, une lettre qui a l'air codée par les services secrets de Sa Majesté. Et le tout ressemble à une prise des stup.

Alors, je goûte ses échantillons de Pu Er.
Il y a des trucs vraiment bien. D'autres moins.

Et puis, je comprends que mon interlocuteur ne recherche pas forcément les mêmes sensations dans le Pu Er.
Certains thés qu'il trouve super me donnent l'impression de sucer un caillou tellement ils sont raides.
Je me retrouve davantage dans d'autres échantillons, comme ce 12 Gentlemen 2006 Yi Wu, formidable.

Alors, je me dis que l’on n’a pas appris le Pu Er de la même façon.
Il trouve que les Sheng de la M3T ont un petit goût de stockage humide, voire de Shu.


Ce qui m'étonne puisque je n'aime pas les Shu.
Moi, je trouve que les Sheng qui ne viennent pas de ma M3T sont presque toujours secs, sans fond et manquent de fruit et de complexité.

Alors qui a raison ?
Personne, sans doute, ou tout le monde.

Mais, c'est bien de pouvoir partager, s'énerver de ne pas être compris, être différent, aimer des choses différentes et peut-être surtout faire des connaissances grâce au thé.

Tiens, je suis peut-être en train de devenir cool, moi aussi...

10 août 2008


Recherche de l'épure et de l'essentiel.

La pratique du Gong Fu Cha demande du temps et de la disponibilité.
Je compte le temps que la vie me laisse chaque jour comme les grains de sable fin qui coulent en jets continus entre les doigts écartés.
La disponibilité de l'esprit bien davantage que du corps se paie en or.
Le torrent du temps qui s'enfuie sans pitié emporte tout sur son passage.
J'ai besoin de moi et des autres dans ce chaos incontrôlable.
Arrêter les images, les rendre belles et savoureuses, montrer le dos au vent qui mugit.
Goûter le meilleur du thé même rarement mais pleinement quitte à oublier les justes bons, les justes justes.
J'ai eu le temps du quotidien du thé et ne le regrette pas.
J'ai soif aujourd'hui d'îlots temporels, de concentration totale.
Je ne veux plus vivre avec le thé mais faire naître des moments privilégiés qui lui seront offerts pleinement.

30 juillet 2008




Hier, disposant d'un peu de temps, j'ai ressorti l'artillerie lourde: théière Yixing, pinceau, balance, 5g de galette n°11 de 1985, bref, le kit de la pignole !

J'ai essayé de prendre mon temps, de veiller au respect des étapes nécessaires à la mise en oeuvre réussie d'un Gong Fu Cha exemplaire, allant jusqu'à étudier la danse des volutes de vapeur au-dessus de la théière (ça, c'est pour les jeunes qui Gongfuchent d'une main).

Je ne vous cache pas que j'ai abordé cette cession avec inquiétude car avec l'arrivée des Pu Er jeunes, il y a 2 ans, j'ai peu à peu perdu mon "Mojo" avec les anciens.


Disons que j'éprouve de moins en moins de sensations lors de leur dégustation. Ils m'apparaissent souvent trop lourds, opaques, troubles et je ne vous parle pas des cuits que je considère, pour l'immense majorité, imbuvables.

Seules quelques piqûres de rappel salutaires prodiguées à la maison des Trois Thés ces derniers mois sur des références TRES chères (notamment le vrac n°27) ont sauvé mes sensations d'un sommeil profond.

Je dois vous confier avec embarras que le résultat de ma dégustation m'a partiellement convaincu. Les premières infusions m'ont paru manquer un peu de pureté, puis les choses se sont améliorées à partir de la 4ème. C'est un joli thé mais finalement assez moyen sur certains critères comme la précision, la transparence et même la longueur en bouche.

Je ne pense pas que l'on tienne là le top du Pu Er compte tenu des caractéristiques des nouvelles références.

Il me semble que certains crus récents et haut de gamme iront nettement plus loin lorsqu'ils auront revêtu dans quelques années leur costume de Pu Er.

L'avenir parlera.

Aujourd'hui, si c'était à refaire, compte tenu de ma modeste expérience et des prix actuels, je ne ferais plus l'effort de constituer une cave à vieux Pu Er, considérant la concurrence des jeunes et de leur potentiel.


Je n'ai pas de regrets mais je note une évolution du marché et de mes goûts avec lucidité et peut-être aussi un brin de nostalgie.

L'ignorance avait du bon.

Jour 2:

Je reprends la dégustation de la veille laissée après 6 passages.

C'est mieux, bien mieux.

L'infusion est claire, presque limpide, juteuse, dense en parfum, longue et sur la noix fraîche.

Je suis en terrain ami.

Faut-il user les feuilles pour qu'elles aillent à l'essentiel ?

C'est un peu comme un axe sur lequel ont devrait chercher à optimiser le couple pureté / usure des feuilles.

Je ne suis pas certain d'être bien clair.
Je reprends: plus le thé atteindra rapidement la pureté et la précision plus on pourra dire qu'il est de qualité.

Les autres, ceux qui ne pourront atteindre la transparence que tardivement seront usés et la rencontre entre les deux critères impossible.

La rencontre sera manquée.

27 juillet 2008





Là oû ça fait mal.




Je ne sais pas comment vous le vivez de votre côté mais j'ai beaucoup de mal à supporter l'idée de reprendre le travail après les vacances d'été.


Plus le break est long, plus la souffrance est intense et pas besoin de galette n°10 pour avoir le sommeil léger.


Cette année, j'ai adopté la posologie de mon épouse: à fond sur le Vouvray sec jusqu'à trouver tout marrant, même les factures d'été glissées sous la porte par le gardien.


J'ai tout de même trouvé le temps pour quelques dégustations de thés.


J'ai achété récemment une boîte de Cui Yu et le fameux Rou Gui n°2 de Taiwan.


Le premier est délicieux, en première intention, sans prétention mais d'une superbe fraîcheur.


J'aime ce thé et l'ai toujours aimé pour sa spontanéité et sa faculté à n'être jamais tout à fait le même d'une année sur l'autre.


J'ai commencé mon apprentissage des wulong avec lui, il y a sept années, rue du Pot de Fer.


A l'époque j'aimais beaucoup le parfum mais peinais à l'avaler, tant je le trouvais amer.


Aujourd'hui, j'ai fait mon chemin et pousse les infusions sur les Dan Cong, au risque de me ravager le palais. On grandit...


Le Rou Gui, dont vous avez sur vos blogs vanté les mérites est un joli thé avec du corps, de la bouche et du nez, du velours et des arômes de pèche. Mais voilà, justement, c'est bien là le problème, s'il y a bien un domaine qui fait figure de temple sacré, c'est bien celui des fruits jaunes d'été et des fruits exotiques.


Dans cette famille de senteurs et de saveurs, le Rou Gui se heurte forcément à la famille es Dan Cong et semble un peu léger.


Alors, bien entendu, on n'est pas dans la même catégorie de prix mais tout de même ...


Au final, j'apprécie cette dégustation mais mon expérience des wulong me prive d'un plus complet plaisir.


Le Rou Gui n°3 me semble s'en sortir autrement mieux, grâce à sa profonde originalité.


Affaire de goût et de vécu ?


Sûrement.

29 juin 2008




Petit projet.



Quatre mois sans message...

C'est long et en même temps ça m'a fait du bien.

Je lisais plus ou moins assudûment vos blogs en attendant d'avoir de nouveau envie de poster.

C'est chose faite, aujourd'hui en tous cas.

Merci d'avoir été patient.

Ces derniers mois, comme je l'ai écrit chez les uns et les autres, j'ai surtout bu des wulong et des Pu Er frais. Dans cette dernière famille, c'est le vrac n°26 de 2007 qui a retenu mon attention.

Son parfum envoûtant et délicat, sa bouche souple et généreuse, sa longueur exemplaire en font ma référence, mon mètre étalon, auquel viendront se mesurer les autres jeunes.

Comme disait Michel, avec les jeunes sheng de qualité en stockage sec, la vieillesse promet d'être belle... !

Mais il faudra être patient, savoir oublier le thé 10, 15 ans, davantage ... en y regoûtant régulièrement.

Ca fait peur... mais il est facile avec le vrac de prélever quelques feuilles de temps en temps. Et puis, les vracs de noble origine évoluent vite.

J'ai donc choisi de tenter l'aventure avec celui-ci qui me plait déjà beaucoup: 300g dans une jarre et le reste pour boire dès maintenant.






05 mars 2008



Vrac 1992, Pu Er d'enfance.

C'est peut-être en regardant par dessus notre épaule que nous pouvons deviner l'avenir.

Souffler sur la poussière d'étoile qui magnifie nos souvenirs, rend au passé sa juste patine.

Il n'est pas de souvenir décevant si le regard est honnête.

C'est dans cet état d'esprit que j'ai regoûté à ce petit Pu Er en vrac n°15 à deux reprises cette semaine.

D'abord en utilisant ma terre ancienne puis avec Blackteapot.






La terre de Yixing offre une infusion savoureuse et fruitée, avec quelques notes fleuries (rose ?) lors des premiers passages. Un léger caramel roux sur la longueur signe une personnalité franche et honnête.



Le thé peine un peu sur la durée et s'évanouie doucement après la 7ème infusion.

Il ne faut pas chercher à poursuivre sur plusieurs jours une telle dégustation.





Ma boule noire a moins de poésie dans son sac et ne jette pas de regard attendri vers ces feuilles modestes. Elle offre une infusion huileuse mais objective et n'occulte pas un petit goût de Shu, de cuir et de bois. Mais tout cela reste fondu et agréable.


Il n'est pas interdit de commencer la dégustation avec une terre ancienne puis de terminer avec une terre de Taiwan pour préserver une certaine précision alors que le thé faiblit. De plus en plus, je passe d'un support à un autre, zhong, théières pour préserver le discours le plus longtemps possible.








26 février 2008


Ca ne vous rappelle rien ?

Impossible d’allumer le poste sans entendre quelqu’un pleurnicher sur la hausse des prix, notamment alimentaires et notamment dans la grande distribution.

La chasse aux coupables est ouverte : certains accusent les distributeurs, l’opacité du calcul des coûts et de la fixation des prix en fin de chaîne ; pour d’autres, l’émergence de nouveaux marchés créé une telle demande qu’il est impossible de contrôler les prix.
La faute aux Chinois et aux Indiens qui veulent se nourrir à l’occidentale et consomment des céréales et des produits laitiers.

Alors ?

L’opacité des prix, des circuits de distribution, l’ouverture à l’Est du marché, la concurrence de consommateurs asiatiques ?

Le thé bien entendu !

Il aurait fallu interroger le marché du thé pour prévoir la suite.

Nous avions un ou deux ans d’avance sur cette discussion, bien avant le pétrole, l’acier, le lait et le blé. En tous cas, bien avant que cela devienne le sujet de conversation préféré des Français.

Aujourd’hui, dans notre petit domaine d’intérêt, les informations commencent à filtrer sur l’origine des produits, une concurrence s’organise et bientôt verrons-nous peut-être de grands opérateurs chinois du monde du thé débarquer chez nous et nous vendre en direct leurs produits, pourquoi pas ouvrir boutique.
Probablement de l’entrée de gamme, de l’industriel assumé, mais peut-être aussi des produits de qualité plus ambitieux qui stimuleront la concurrence et inviteront peut-être nos revendeurs actuels à ajuster leur marge au marché nouveau.

Un avenir peut-être pas si sombre, donc…

25 février 2008


Comme un moment au coin du feu.


J'ai reçu de Christophe, il y a deux jours, un échantillon de Mi Lan Xiang 4 de la Maison des Trois Thés. Dans cette famille, je suis familier des 1, le 3 et le 5 qui sont des Dan Cong frais.


Le numéro 4 est un Dan Cong vieilli. Je crois qu'il date de 1991 même si cet élément reste à vérifier.


Les feuilles sèches chauffées annoncent clairement que l'on doit être prêt à changer du registre habituel. Ceux qui attendent l'explosion de parfums de fruits frais exotiques en seront pour leurs frais. La tonalité est clairement axée sur le fruit cuit, compoté, voire, la pâte de fruit avec pour orientation la poire, le coing selon moi mais, vous le savez, tout cela est très dépendant du parcours du dégustateur.


Les feuilles réhydratées, confirment cette ambiance.


Les deux premières infusions sont un peu raides et trop corsées pour moi. Les notes de torréfaction me dérangent même si tout cela est bien fondu et sans vulgarité comme à l'accoutumée chez ce fournisseur. Je pense que 5g en zhong est un dosage un peu généreux pour le début de la dégustation. En revanche, la suite est très satisfaisante.


Les infusions se succèdent et mettent en valeur une liqueur qui évoque les meilleurs vins moelleux de Loire. J’ai immédiatement vu revenir en surface des souvenirs de ce merveilleux Haut Lieu, première Trie 1990 de chez Huet.


Ce thé n'est pas, selon moi, un thé de nez. Le démarrage est un peu raide, comme je l'évoquais et la suite bien que plaisante et complexe ne peut rivaliser avec les magnifiques sensations de bouche qu'il procure.

Tout ce dont on peut rêver d'un Wulong de classe est présent: mâche, texture fine, longueur, raffinement des saveurs, complexité et le sentiment de siroter un vieux vin blanc de prestige. Une autre évocation en cours de dégustation: un dessert inoubliable chez Gill à Rouen: un pain perdu aux fruits rôtis au beurre.


Un très beau thé, idéal pour deviser en fin de soirée.




http://www.huet-echansonne.com/Accueil/index.html

http://www.gill.fr/

20 février 2008


A quoi bon...




Oui, à quoi bon consacrer tout ce temps, tout cet argent, tous ces messages sur Internet, toutes ces rencontres entre passionnés, toutes ces dégustations, ces tests de thé, s'il ne s'agit que de boire des produits médiocres.




Avaler des litres et des litres de soupette en cherchant tout le temps le carré de l'hypoténuse, reporter toutes ces magnifiques expériences de Gong Fu Chiant sur de jolis cahiers rangés religieusement dans une jolie étagère, toujours à portée de main et pourquoi ?



Dans quel but ?



Le tuning du thé, en voilà une noble et sérieuse occupation !




Bientôt le kit d'échappement pour théière, la puce pour bouilloire, les jantes chromées pour soucoupes !



Et j'en ai vu des passionnés de l'ordinaire, parader entre amis au comptoir, parfois même avec fière allure, commenter les vertus de telle référence, examiner d'un air professoral la carte, lever les yeux vers les cieux à l'annonce du numéro 2, infiniment supérieur au numéro 1, qu'il faut stocker en masse, des fois qu'il viendrait à manquer mais sans oser aborder les versions qui comptent.



Comment peut-on passer des mois, des années à boire du thé sans jamais goûter à quelque chose de sérieux ?



Mais comment font-ils pour se mentir de la sorte sans broncher ?



Ne jamais acheter de nobles feuilles, même occasionnellement, même rarement, pour savoir... juste pour savoir !



Même s'il y en a peu, même si cela entame le budget de l'ordinaire, même s'il faut se passer de jus de salade pendant 48 heures, même si il n'y en aura pas assez pour le partager, même si ...



Juste pour avoir l'impression, rien qu'une fois d'exister, d'avoir des sens et de s'en servir, pour ne plus être un rat dans sa roue, l'espace d'un thé. Un rat du thé, un raté en abrégé !



Je terminerai sur cette devise qui résume tout:



"La vie est trop courte pour ne pas se la péter" (Christophe, dit Jean Carmet, "Mémoires d'un jouisseur" 2001 aux éditions Caviar et Doigt d'Honneur")

16 février 2008



Envie de fraîcheur, d'un thé simple mais pas trop avec un peu de bouche, de gras mais pas trop et surtout un joli nez fleuri et végétal.


Comme un voile de printemps pour aider cet hiver à tirer sa révérence, enfin.
Un petit trip à la boutique, le temps de présenter le cahier des charges et voilà:
Wen Shan bao Zhong 3.
Tout y est comme demandé avec une classe que je n'avais pas spécialement espérée.
Peu familier avec ce genre de thés, je n'ai pas pris de risque: 3g en zhong.
C'est bien assez pour faire venir les amandes grillées (feuilles sèches) puis les arômes floraux avec une belle huile en bouche et une agréable sensation d'occupation de l'espace.
L'infusion couleur bouton d'or complète ce joli tableau.
A étudier plus sérieusement.

11 février 2008






Les théières, c'est compliqué...


Il y en a de bonnes et de moins bonnes, d'anciennes et de nouvelles, de précises et de généreuses, de chères et de moins chères et de belles et de moches.



Et même en ayant mis de côté les mauvaises, obtiendra-t-on deux fois les mêmes qualités ?



Ce que je pensais déjà m'est confirmé ces jours-ci avec mes "locataires".



Les thés que je connais, avec mon eau, mes dosages et ma méthode sont différents avec les théières qui m'ont été prêtées du résultat que j'obtiens avec mes théières "à moi".



Ce n'est ni mieux, ni moins bien mais un peu différents.



Ici, plus rond, là plus droit, ici plus riche, là plus subtil, etc...



Et puis, entre en ligne de compte la familiarité qui peut exister entre la théière et le thé.



Telle théière sera à l'aise avec telle famille de thé mais telle autre aura l'avantage d'avoir servi de nombreuses fois pour ce thé en particulier et rendra une infusion plus homogène ou du moins plus familière au dégustateur.



Un temps de rodage est certainement à prendre en compte avant de juger tel ou tel outil.



Rodage pour la théière mais aussi pour le dégustateur.



Il faudra résister à la tentation de trouver mieux ou moins bien ce qui est nouveau.



Accepter le droit à la différence sans pour autant que le résultat soit inférieur ou supérieur.



C'est pourquoi, je pense qu'un trop grand nombre de théières peut brouiller les pistes pour les dégustateurs peu expérimentés, notamment.


Pas assez d'utilisations, pas assez de repères sans compter que les théières qui ne servent pas assez perdent en précision. On dit parfois qu'elles s'endorment.



Et puis, de temps en temps, il est bon de retourner au zhong pour se rappeler de ce que la théière perd et améliore, ce que l'on recherche, ce que l'on attend d'elle.


Revenir à la trame juste pour recaler la mémoire.





09 février 2008

Mille excuses...





A tous ceux qui en ont plus qu'assez de voir le carrelage de ma cuisine sur toutes mes récentes photos, je dois une explication.
Je suis plongé dans la pénombre depuis le mois de ... septembre à cause d'un ravalement de mon immeuble.
Je vous promets davantage de variété lorsque les hommes en blanc m'auront un peu oublié...

07 février 2008

Blackteapot expo.





Je profite d'un moment de temps libre pour vous présenter mes nouvelles acquisitions. Ce n'est pas un exemple à donner aux jeunes mais j'ai craqué sur ces quatre beautés et me range définitivement dans la catégorie des acheteurs compulsifs.




Vous apprécierez l'élégance des formes et matières que j'espère avoir restituée avec un minimum de perte.







La plus petite fait partie d'une série de taïwanaises que vous connaissez bien.



Je la destine aux Pu Er.









La petite chocolat aux élégantes proportions est en terre épuisée et offre un "grain de peau" assez proche de la théière disponible à la dégustation à la M3T. Je l'ai testée ces derniers jours avec une galette n°8 de 1985. Le résultat est très transparent, pur et pourtant avec beaucoup de souplesse et de moelleux.











La troisième présente des parois très fines et met particulièrement bien en valeur les wulong faiblement torréfiés, restituant toute leur fraicheur et leur fruité. Ses formes et son couvercle me rappellent un peu l'art déco.









Enfin, la dernière, merveille parmi les merveilles sera consacrée aux Rocher, ses proportions, sa finition, sa couleur chaude et profonde ainsi que son grain si fin concourent à en faire une très grande théière. J'ajoute que son poids impressionnant est au-delà de tout ce que j'ai connu pour un tel volume.




Bon, maintenant j'ai un aveu à vous faire:



Je n'ai pas gagné au Loto le mois dernier...




J'ai beau rêver que ces merveilles m'appartiennent, il n'en est rien.




Disons que l'excellent Antonio et moi-même inaugurons un nouveau concept de garderie pour théières de prestige. Pendant qu'il est en déplacement, j'assure l'entretien et la bonne forme de sa progéniture.





Je voulais juste vous faire profiter de quelques clichés de ces théières qui ne sont pas souvent exposées et en tous cas pas sur le Net.

03 février 2008





Sensualité...



Si seule l'infusion devrait compter, je vous le concède, il est difficile de ne pas succomber au plaisir de la matière, du grain, du rendu lumineux, de la chaleur d'une théière.


Hein, mon Philippe, tu me comprends, toi, hein ?


Plonger dans les rides respectables de la terre ancienne ou dans la douceur d'une plus récente.



Prisonniers, nous sommes et prisonniers, nous resterons de ces charmes discrets.



La relation que nous entretenons avec nos chères théières n'est pas toujours rationnelle, compréhensible pour les "autres", ceux qui sont passés à côté de cette douce folie.




Pour autant, il serait malhonnête de vouloir occulter cette part de plaisir dans la pratique du Gong Fu Cha.


Une fois assumé cet aspect de notre passion, il me semble qu'il faille mériter de tels objets tout de même rares et onéreux. Il convient de ne pas les dévier de leur finalité: le thé.



Alors, utilisez vos théières ou vendez-les, libérez-les !



Car vous ne méritez pas de tels trésors si vous les détournez de leur mission.






Dimanche, fin d'après-midi.

Blackteapot ne vous propose pas d'article révolutionnaire.

Juste un petit remerciement à mes copains Christophe et Antonio pour ce moment fort agréable à la Maison des Trois Thés, hier.

Une petite dégustation entre amis, dans notre QG préféré.

Il est toujours très relaxant de passer un moment du week-end place Monge, de suivre les judicieux conseils de Gilles et d'oublier l'extérieur le temps d'une dégustation.

Il n'est pas facile de trouver du temps pour nous rencontrer et je regrette que les autres bloggers et lecteurs soient plus éloignés de Paris et donc difficiles d'accès.

J'espère que l'avenir me permettra de rencontrer les autres et de revoir ceux que je connais déjà.
Bonne fin de week-end.

28 janvier 2008


La course effrénée du thé.




Je ne voudrais pas paraître écrire pour les autres mais j'ai l'impression que depuis deux ans nous nous mettons une grosse pression sur les stocks de thé et la nécessité d'acquérir le plus de références possible.


Il est vrai que les Pu Er mûrs disparaissent et que bientôt il sera très difficile d'en trouver.


Pour autant, faut-il en acheter plus que nécessaire à notre consommation habituelle ?


Faites vos comptes et vous remarquerez peut-être que vous ne parviendrez pas à boire tout ce que vous avez engrangé. Alors à quoi bon immobiliser des fonds ainsi ...


Prenons un exemple de dégustateur: sa consommation moyenne hebdomadaire peut se calculer ainsi:


8g de Pu Er ancien (dégusté sur deux fois deux jours)


2g de Pu Er jeune


4 à 6g de Wulong


Cela nous fait au moins six dégustations. Ce qui n'est pas énorme mais déjà respectable.


On est donc à 10g de Pu Er hebdomadaires.


Mettons que notre dégustateur respecte ce planning sur 50 semaines par an.


Il consomme donc environ 500g de Pu Er par an.


Rapportez ce chiffre à votre rythme d'achat et vous saurez si vous vous rangez dans le groupe des acheteurs raisonnés ou des acheteurs compulsifs.




27 janvier 2008




Conscient que la barque de Charon vous ait laissés ...perplexes, je vous propose à présent une petite anecdote plus proche de nous tous.


Sommes-nous libres ?
Alors que je me rendais vendredi matin à mon bureau comme je le fais chaque jour, empruntant un bus parisien ; je fus pris d’une traître envie de rebrousser chemin pour rentrer me préparer un Dan Cong.
Je m’imaginais déjà attablé face à un Bai Yé Dan Cong 3 dans le calme du matin, et peut-être écoutant quelques Klavierstücke de Schubert interprétés par Wilhelm Kempf lors de ce merveilleux concert du 5 juin 1969 capté au Queen Elisabeth Hall de Londres.
Mon autobus venait de traverser le Pont du Garigliano qui enjambe la Seine, comme chacun sait, et non le fleuve vert du même nom au nord-ouest de Naples dans lequel fut jeté la dépouille du pauvre Manfred.
De l’autre côté de la chaussée se trouvait un autre bus de la même ligne. Piqué au vif par cette apparition tentatrice, je me vis soudain descendre du bus, traverser la rue et monter dans l’autre bus, savourant déjà en pensée les parfums de fruits exotiques et de frangipane chaude.
Mais quelques scories de conscience professionnelle suffirent à m’alourdir le corps pour que je restasse assis sur mon siège et poursuivisse mon chemin.
J’avais rêvé mon escapade frondeuse davantage que je ne l’avais vécue !

Sommes-nous encore libres de nos envies de thé ?
Obéissons-nous inconsciemment à de sourds appels lancés par nos précieuses feuilles (de thé, pas les oreilles) ?
Et lorsque nous nous consacrons à notre loisir favori, sommes-nous toujours maîtres de notre choix ou au contraire, subissons-nous le secret appel de certaines références ?

Quel temps quotidien consacrez-vous à penser au Pu Er, aux Wulong et autre Gong Fu Cha ?

Enfin, le soir, lorsque vous baissez le rideau du courage et de l’énergie pour vous endormir, emportez-vous dans vos pensées nocturnes quelques théières ou effluves chéries ?

18 janvier 2008


Ivresse de l'ombre.

Il est tout à fait possible de passer à côté des merveilles du monde sans les remarquer.

Le dégustateur curieux trouvera peut-être un jour son Virgile ou sa Béatrice qui lui permettra de voir les étoiles sur le chemin du thé. Pour cela, il aura fallu croiser la panthère, le lion et la louve sans rebrousser chemin et s'affranchir de la luxure, l'orgueil et l'avarice. Car le thé n'est ni luxe, ni fierté et coûte à celui qui l'approche.
Le coût du thé est matériel, certes, car il faut récompenser le travail noble et le savoir. Mais il est aussi dévoreur de temps et de pensées. Il occupe l'espace qui lui est offert et qu'il convient de délimiter.

Voir et sentir au-delà de ce qui est perceptible, réussir le passage sans préter trop attention aux plaintes des damnés de la médiocrité, mais prendre le temps de les interroger pour savoir pourquoi, eux, n'ont pas su entendre le chant du thé.
Pour enfin trouver sa vérité à travers l'expérience et un morceau de connaissance. Accepter la peine et la souffrance de ceux qui ont échoué mais sans les plaindre, car ils ont mériter de rester dans l'ombre.

N'écouter que les douces et réconfortantes paroles du poète et savoir fuir les démons. Marcher le long des cercles et bolges de l'ignorance, toujours plus profond vers la lumière.
Etre seul parmi la masse des ignorants mais suivre en pensée les autres pèlerins qui ont su trouver leur guide et le parcours vers le ciel.
Emmerger du vide et de l'espace infini pour se trouver, enfin. Merveilleux breuvage qui communique avec celui qui lui prête intérêt, lui renvoie son image.
.

On se trouve dans le thé comme on se trouve au fil du temps, au milieu de l'arc de vie, par une forêt obscure.





12 décembre 2007


Il est un temps pour tout.
Boire du thé ne peut ni ne doit occulter les autres plaisirs de la vie.
En cette période de fêtes et de nourriture riche, le Pu Er sera le bienvenu pour alléger les soirées caloriques. Quel meilleur remède qu'un vieux thé souple et fruité pourrait-on trouver au sentiment d'avoir forcé sur les agapes ?
Bientôt sur le départ, j'emporterai avec moi quelques thés salvateurs en prévision du réveillon de Noël.
C'est plus amusant qu'un médicament et met dans de meilleures conditions pour deviser.
Que le Père Noël vous soit attentif et généreux !

27 novembre 2007


La jeunesse n’est pas éternelle.

L’année 2006 nous a ouvert les yeux sur la raréfaction des Pu Er anciens et nous a permis de découvrir sinon d’apprécier les jeunes Pu Er que nous ne connaissions pas jusqu’alors.

L’aventure du thé prenait alors un tournant inattendu en nous invitant à ouvrir notre goût à de nouvelles références.

Souvenez-vous qu’il y a encore peu de temps, les galettes n°10, 30 ou 31 vous paraissaient jeunes…

Nous avons tous fait notre deuil de l’état de grâce que nous vivions depuis des années en dégustant des références des années 70 ou 80 au quotidien.

Aujourd’hui, il faut composer avec l’évanescence des millésimes 2005, 2006 et même 2007, savoir apprécier leur fruité, leur délicatesse. Mais comme l’écrivait Christophe :

« Il n'y a rien à faire le Pu-erh c'est quand même meilleur avec 20 ans derrière le collet »

Certes, mais faute de « plan B », il va falloir faire avec et pour toujours.

Mais à peine digérée, cette révolution fait déjà place à une nouvelle : nos jeunes thés mutent après un an ou deux.
Ils se transforment et entrent dans une phase plus ingrate et semblent nous donner rendez-vous dans quelques années pour l’inauguration de leurs arômes camphrés et boisés.

Alors que l’on nous disait que Pu Er était long à évoluer, notamment hors d’Asie, nous sommes cueillis à froid, condamnés à gérer nos stocks avec un soin métronomique.

Regoûtez comme je viens de le faire la briquette Mengku Lao Ban Zhang 2006 de 90 grammes et vous constaterez qu’elle a atteint la deuxième phase de sa continuelle mutation, perdant de sa fraîcheur, de son fruité et commençant à développer une saveurs boisée et médicinale.

Le temps n’a pas de temps à nous céder et poursuit sa route du thé sans se préoccuper de nos envies du moment et de nos attentes.

Mais l’aventure sera passionnante...

18 novembre 2007





Galette n°53 2007 M3T.

J'ai d'abord écrit un commentaire de dégustation dans lequel je décrivais ma petite expérience de ce thé en précisant qu'il sentait le fruit frais, résistait bien aux infusions, n'avait pas de caractère difficile comme cela peut-être le cas avec les Pu Er jeunes abordables et offrait une infusion pure et savoureuse.
Et puis, je me suis dit que l'on pouvait lire tout cela à chaque fois que l'un d'entre nous appréciait et décrivait un jeune Pu Er recommandable.



Alors je me suis dit:
Que peut-on s'offrir de mieux pour 16 euros et qui dure 60 x 1 heure ?
Quelle est la meilleure chose que vous ayez jamais achetée pour 16 euros ?
Et qui dure ?



Un Moulin à Vent du Domaine de Vissoux 2003 qui sent la fraise des bois ?
3 éclairs au chocolat de chez Fauchon ?
Une boîte de truffes au chocolat de chez Jean-Charles Rochoux ?
Match Point de Woody Allen en DVD chez un soldeur ?
Un onglet de veau déglacé au cognac avec une poêlée de girolles à la crème fraîche à la maison devant la télé ?
Un ticket pour le dernier étage de la tour Eiffel un matin d'hiver où le ciel vire au rose ?
Un petit bouquet de fleurs offert à une fille qui faisait encore les vitrines un soir de Noël à 21 heures ?
Une séance de Photomaton torride avec votre nouvelle (eau) copine/copain ?
Un dernier verre au bar du Lutetia un soir où le pianiste a la visite de son amie ?

Le problème avec tous ces choix, c'est qu'ils ne durent jamais 60 x 1 heure.



Alors croyez-moi, allez vous acheter cette galette et ne pensez plus à tout ça...






13 novembre 2007


Grandes manoeuvres...

Regardez-les évoluer, gesticuler quotidiennement pour accomplir leur labeur, leurs tâches sans plus même réfléchir au but poursuivi.
Contemplez donc la foule que se presse, qui grouille chaque jour, accomplissant les mêmes gestes mécanisés, la tête ailleurs.
Observez les insectes marchant en grappes le long des rues bondées en ces temps de circulation difficile.
Amis étrangers bloggeurs, lecteurs, contemplez depuis votre citadelle le savoureux ballet des Français en mouvement, en dégustant votre thé préféré, la tête rejetée en arrière en signe de détente, de décontraction extrême.

Vous êtes bien, dans la pénombre de votre intérieur confortable et silencieux.
Seul le crépitement de la bouilloire semble capable de vous rappeler au monde des vivants.
Vous avez, pour l’occasion, sélectionné les précieuses feuilles avec un soin tout particulier.
Vous accomplissez les gestes savants du dégustateur de thé en soignant la souplesse des mouvements comme par reconnaissance pour cet instant de pur abandon.
La théière a été soigneusement chauffée afin de permettre d’abord aux feuilles sèches de parfumer délicatement les lieux.
Vous portez au nez la tasse vide et inspirez les promesses invisibles de la liqueur imminente. Puis, vous vous laissez envahir par le précieux élixir en tournant les pages de votre journal, en portant un regard songeur sur les photographies d’insectes en costume d’hiver qui grouillent sous les banderoles.
Tant de rage, de vindicte à distance respectable rend votre bonheur plus palpable que jamais.
Puis, vous jetez un regard de côté vers votre bibliothèque abritant les boîtes de Wulong et vers la jarre pleine à craquer de trente années de millésimes de Pu Er religieusement collectés durant ces dernières années.
Les grèves peuvent bien durer…

09 novembre 2007




Un rendez-vous important...


Poursuivant l'exploration des Dan Cong, j'ai suivi le conseil de l'un d'entre vous qui se reconnaîtra et acheté une boîte de Zhu Yé. Autant le préciser d'entrée, si vous êtes un peu "short" en ce moment, ne regardez pas le prix au gramme... 39 euros / 30g, on entre clairement dans une gamme de prestige. Mais... quel bond en avant !


Je vous le confesse tout net, c'est l'un des plus beau Dan Cong que j'aie pu déguster jusqu'ici. On est au-delà des mots et de toute tentative de description.

Je m'y hasarde toutefois.

Un nez très complexe avec des notes de fruits: ananas et mangue rôtis, calisson, des notes boulangères de pain chaud.

En bouche, c'est le festival: comme un démon, le thé se jette au palais et emprisonne la langue avec une effervescence poivrée unique.

Il y a une vraie personnalité dans ce thé. C'est toujours émouvant de voir que l'on peut aller si loin dans le raffinement avec quelques feuilles de thé. Faut-il vous préciser que la longueur en bouche est interminable et qu'il tient très bien les infusions lointaines ?






Pour cette expérience unique, j'ai suivi le même protocole que la fois précédente en alternant le zhong et la théière. Infusion 1, 3, 5, 6 et 7 en zhong; infusion 2 et 4 en théière.


Mon sentiment se confirme et s'accentue: je préfère nettement le zhong. On perd trop en fraîcheur, en dynamique et en détail avec la théière. La tasse à sentir n'a rien à voir avec le couvercle du zhong. La rondeur gagnée ne me semble pas compenser l'imprécision. Quand je pense que j'ai en main une théière de très grande classe, je me dis que ce n'est pas la peine d'insister en ce qui me concerne car, encore une fois, je ne prétends pas à l'universalité. Il s'agit bel et bien un choix d'esthétique de dégustation et de priorité.



06 novembre 2007








Les années passeraient et se ressembleraient ?


J'évoquais le problème avec Antonio, récemment.


Si l'on voit arriver régulièrement chez nos marchands de thés favoris de nouveaux millésimes de Pu Er, de wulong et autres thés verts, nous n'avons aucune information sur les qualités et vertus des millésimes qui se succèdent.


Or, je suppose qu'à l'instar du vin, le thé ne bénéficie pas tous les ans des mêmes conditions météorologiques. Pour une référence donnée, il doit donc y avoir matière à communiquer sur l'évolution d'un thé d'une année sur l'autre et au-delà.


Si l'on peut acquérir un même thé plusieurs années de suite, il serait intéressant de savoir de quelles conditions il a pu bénéficier avant d'arriver sur notre table.


Quen pensez-vous ?

04 novembre 2007



Il y a longtemps que je voulais comparer le zhong et la théière pour la préparation des Dan Cong. J'ai réalisé mes essais avec un Bai Yé Dan Dong 3 fraîchement acquis. Autant le dire tout de suite, la différence n'est pas énoooooorme. Non, on est davantage dans le domaine du subtil, de plaisirs, de sensations différentes. Les gestes y sont pour beaucoup. Et puis, la théière est plus performante pour les infusions longues car elle garde mieux la température que la porcelaine.
Cela posé, il faut retenir plusieurs éléments. D'abord, il faut une très bonne théière qui tire le maximum des feuilles et reste bien chaude, ne vient pas trop arrondir ou masquer les parfums et saveurs tout en ajoutant ce liant qui est moins net avec la porcelaine. J'ai le sentiment qu'une théière pour ce type de thés devra être fine et très réactive pour une montée en température éclair.
la petite Zhuni "chaudron" est un modèle du genre. Le zhong sera toujours plus précis pour une analyse du thé et notamment de ses premières intentions. La fraîcheur des parfums, le croquant, le fruité propre aux Dan Cong sera parfaitement restitué avec le couvercle du zhong. Mais pas de grosse frustration à mon sens pour ceux qui ne pourront pas investir dans une théière de potier en terre épuisée de Yixing. Un zhong à 5$ donnera déjà de grandes satisfactions. Il me semble que la théière s'impose davantage pour les Rocher et surtout pour les Pu Er qui demandent de soigner la mâche, le "tombé en bouche", l'orchestration des saveurs.

Vous aurez peut-être un avis différent, des priorités différentes. Mais avant d'investir dans une théière de potier, il convient de déterminer ce que l'on recherche comme sensation, dresser un cahier des charges. Personnellement, je ne me vois pas déguster les Rocher en zhong, j'ai essayé; il me manque quelque chose. Dans le cas des Dan Cong, même si pour l'heure je manque de recul, je suis moins exigeant. Pour l'instant...

02 novembre 2007




Après un début timide et mais généreux, l’automne semble s’installer sur la capitale.
Les feuilles, si tendres il y a encore une poignée de jours, arborent leur robe mordorée.
L’appel des Rochers ne saurait tarder dans de telles conditions.




C’est ainsi que je vous invite virtuellement à la dégustation d’un Bu Jian Tian.




Comme vous le constatez, les feuilles rincées évoquent les délices de l’enfance, les pâtisseries chaudes rassurantes, le cacao fumant de la chocolatière. Mais le raffinement et la puissance des parfums préparent à une dégustation racée.




La première infusion présente une bouche intense et sensuelle malgré une légèreté toute en promesse. Vous passez à proximité de votre conquête et captez à la dérobée un parfum fleuri inattendu et une acidité qui fixe la ligne de fuite imaginaire. Le souvenir d’une aventure avec un Shui Xian 5 est vivace.




La liqueur est là, offerte à la contemplation, jaune légèrement orangé et joliment transparente.
L’infusion suivante est plus corsée et ne s’embarrasse plus de formalités avec davantage d’acidité au nez, de cire comme dans l’évocation d’un presbytère de campagne entretenu comme à la veille d’une noce ou de funèbres préparatifs.



La bouche est légèrement farineuse, granuleuse. Il y a du corps et de la chair dans cette dégustation. Les senteurs de réductions balsamiques vous font tourner la tête tandis que les parfums dansent une valse endiablée pendant plus de deux minutes dans la tasse à sentir. Dame nature palpite par tous vos pores.
Vous avalez enfin, sans rougir et gardez l’onde d’une subtile amertume végétale sans retour possible.



La dernière tasse de cette infusion a perdu en chaleur ce qu’elle gagne en parfums floraux capiteux comme après le passage de quelque créature vêtue de velours pourpre. Votre palais est légèrement brûlé comme après l’alcool, râpeux, âpre et délicieusement dévasté. Vous palpitez de plus belle.






Votre troisième infusion pleine de force vous laisse pourtant un sentiment de transparence, de limpidité et la robe arbore maintenant la couleur orangée et lumineuse d’un matin d’été. Vous êtes calme et détendu, comme offert à votre dégustation, disponible pour de nouveaux plaisirs que ce thé vous réservera au fil des infusions prochaines.







30 septembre 2007









Dans un récent article du New York Times, il était question d'une exposition photographique à New York consacrée à la série de clichés du photographe japonais Kohei Yoshiyuki sur le thème "the park".
Cette série relate un aspect de la vie à Tokyo dans les années 70'.
La ville était si peuplée, les appartements si petits, que les couples allaient dans les parcs faire l'amour, la nuit.
Des voyeurs s'organisaient, parfois en bande, pour observer les couples, les toucher, voir plus...
Toutes proportions gardées, quel message le bloggeur "théophile" entend-il faire passe ?
Pourquoi expose-t-il au regard des autres ses théières ?
Pourquoi les photographie-t-il sous toutes les coutures parfois au moyen de gros plans impudiques pour les livrer au regard plein d'envie des autres amateurs ?
Quel plaisir, quelle satisfaction mentale ou physique en retire-t-il ?
Peut-il y avoir une forme d'excitation à montrer les objets que l'on possède ?
Que la nuit vous porte conseil...

28 septembre 2007


Travaux !

Rappelez-vous du temps pas si lointain pour certains d’entre vous où votre maman disait : « il faut savoir souffrir pour être beau ».
En ce moment, c’est moi qui souffre et c’est mon « chez moi » qui devient plus beau.



Pour un esprit étroit et avide de confort sans aventure comme le mien, l’épreuve est réelle.
Salon sacrifié et reconverti en entrepôt de cuisine, assiettes partout, cartons pleins de verres et et de légumes secs.
Repas improvisés sur d’improbables tables ou même debout, vaisselle lavée dans la baignoire.
Un bonheur pour disciples de Robert Baden-Powell !



Alors, me direz-vous, le thé dans tout ça ?
Peu de temps pour de grandes dégustations, mais des satisfactions grâce au zhong, à sa simplicité d’utilisation, à son insensibilité aux odeurs.
Le plus préoccupant est de protéger les théières et leur terre précieuse des effluves de peinture. On peut rapidement s’habituer à une odeur de peinture et l’oublier, penser qu’elle a disparu.




Les théières, elles, ne l’oublieront pas…

07 août 2007


L’ivresse des mots et des gestes.

Le dégustateur moyen s’est inventé une histoire dans laquelle il incarne l’un des héritiers d’une longue tradition de dégustateurs de thés qui remonte à des temps immémoriaux.
Il reproduit maladroitement les gestes de ses Maîtres et embrasse toute une série de postures qui le rassurent sur la qualité de son interprétation.
Il s’achète tel kit de Gong Fu Cha, décore son espace de dégustation avec un goût inspiré par quelque improbable image « asiatisante ». Il écoute de la musique extrême-orientale, assis en tailleur dans son kimono de viscose.
Il s’improvise amateur des arts chinois ancestraux, parfois pousse-t-il la dévotion jusqu’à arborer une chevelure longue qu’il attache en arrière pour lui rappeler que la Nature transpire par tous les pores de sa peau et de son âme de Gengis Khan de pacotille. Ses théières sont brossées religieusement à la lueur d’une bougie ; il œuvre dans la pénombre, la tête penchée sur le côté tel un moine cabré sous la morsure de son cilice, reconnaissant du maigre savoir qu’il possède.
Sa compagne, lorsqu’elle existe, observe la lente mais inquiétante mutation du disciple, année après année, l’accumulation de boîtes de thés religieusement alignées, les galettes empilées dans un ordre défiant tout logique, les accessoires dignes d’une panoplie d’étudiant en chirurgie raté. Bols, tasses, pinces, brosses se reproduisent telles des blattes dans leur nid. Pour les amateurs les plus atteints, le rituel prend une dimension quasi-mystique. Plus rien ne compte, l’instant du thé mérite respect et calme à tout prix. Le geste se veut noble et précis, la disposition des ustensiles savante et pensée dans ses moindres détails.
L’homo-ridiculus-occidentalus aura peu d’occasions au cours de son existence d’atteindre un tel niveau de ridicule. C’est pourquoi, il soigne si fort sa pratique du thé et s’y consacre avec une grande vigueur financière. Il se dépasse, repousse ses limites, y soumet son temps, son énergie et ses économies.
L’homme, celui de sexe masculin, celui que l’on dit « fort », a tellement besoin d’être rassuré sur ses performances, ses qualités, son savoir, qu’il pousse souvent loin la notion de loisir, de distraction. Il manque de réserve, du caractère rationnel et détaché des choses de sa compagne. Sa perception du temps et de l’espace fait de lui un petit animal condamné à pédaler toujours plus vite, toujours plus fort dans sa roue des plaisirs. Mais le thé est un moindre mal, un vice qui a ses vertus. Alors…Mesdames, laissez-nous pédaler tant que la roue accepte de tourner.

31 juillet 2007


Sans peur et sans complexe.

Autant que les choses soient claires d'emblée: je ne suis pas fan de Pu Er cuit.

J'ai du mal avec le côté cuir de babouches mal rincé.

J'en achète donc rarement mais c'est avec curiosité et reconnaissance que j'ai parfois l'occasion d'en goûter notamment chez l'Ami Christophe, qui, plus aventureux que moi, en a vu circuler quelques uns. Un jour de l'hiver dernier, j'ai donc été mis en contact avec la galette CNNP 2000 de chez Tea Masters. Je concède qu'après tous les cuits dégueulasses que j'avais essayés auparavant, celui-ci m'a laissé songeur. Pour une fois, cela semblait tenir la route. J'ai donc acheté quelques briques, histoire de ne pas mourir idiot et de laisser sa chance à cette référence peu onéreuse (mois de 19 euros pour 250g). Comme je ne suis pas amateur de sports violents, j'ai dosé sobre: 4g pour une théière taiwanaise de cl (ma ronde).

J'ai rincé deux fois les feuilles (c'est peu ragoûtant, les cuits à sec) et attaqué la dégustation.

Je dois dire que les 3 premières infusions m'ont un peu écoeuré. C'est fruité, plutôt tendance pruneau, miellé, façon miel sombre de chataîgner et un peu salé à la façon du vrac 24 de 1998 de la M3T mais en plus "punchy". J'ai laissé tout ça de côté puis, après quelques heures, je suis revenu pour une série de 5 infusions qui m'ont parues nettement mieux équilibrées. Bon, ça reste du cuit. Faut pas aller chercher le raffinement ou la complexité de nos stars crues. Mais... ce n'est pas mal du tout si l'on accepte la caractère franchement couillu de cette recette.

Je pense que j'opèrerai différemment la prochaine fois, compte tenu de mes préférences: 3g en théière, d'autant que les taiwanaises n'arrondissent pas les angles ou 2g en zhong.

En résumé: du grand ordinaire réussi que d'aucuns choisiront pour une consommation courante.






28 juillet 2007



Poursuivi !




Ok, pour Vienne, j'avais triché.

J'étais parti avec du thé et même si je n'en ai pas fait beaucoup, le cordon n'était pas tout à fait coupé.

Pour mon départ en Loire-Atlantique, j'ai appliqué un sevrage sévère: pas une goutte de thé !

Le retour n'en est que plus agréable avec notamment l'arrivée d'une grosse commande chez Stéphane "Tea Masters".

Mais, le spectre du thé n'est jamais loin. Il n'y a qu'à regarder la photo ci-dessus prise à La Baule sur le marché.

Rien à faire, on ne peut pas être tranquille un instant !

Courage à ceux qui comme moi sont de retour.

Bonnes vacances aux autres.

18 juillet 2007


Dégustation du jour: Rou Gui n°3 de Taiwan

Ce thé m'a été conseillé par l'indispensable Gilles de la M3T.

Je cherchais quelque chose de différent de mes repères habituels.
Cette "spécialité" m'a vraiment dérouté et fasciné à la fois.
Feuille de tomate, rhubarbe, rose, miel léger et sucre blond sont les notes relevées lors de mes dégustations.
Et surtout, l'infusion est tout en transparence en dépit d'une belle densité. Pureté, pureté !
Ce thé s'accomode d'à peu près tous les traitements: théière pour davantage de plénitude, zhong pour une analyse poussée ou la recherche de limpidité, infusions courtes ou longues, chargées ou peu en thé, liqueur chaude, tiède ou même froide.
A chaque expérience, un résultat différent et intéressant.
J'ai personnellement apprécié un dosage à 4g en zhong ou 5/6g en Yixing de 14,8 cl.
Vous noterez une belle évolution des parfums dans la tasse à sentir ou sous le couvercle du zhong.
Ca déroule comme avec d'autres prestigieuses références comme un Bai hao 2 ou un Da Hong Pao 4.
J'aime bien les thés qui mettent scène successivement les différentes composantes olfactives. C'est un peu comme lorsque les acteurs de théâtre ou les chanteurs d'un opéra viennent saluer à la fin d'un spectacle. Il y a un temps pour honorer chacun d'entre eux.
Si vous cherchez un thé à part, à mi-chemin entre les thés fleuris et les thés plus fermentés, celui-ci devrait vous intéresser, d'autant qu'il est abordable (comptez 25 euros sur place ou 55 euros les 100g).

17 juillet 2007





De retour de Vienne, il me tarde de déguster tous azimuts !



La tête encore pleine de souvenirs, je passe en revue les bons moments de vie passés dans cette ville miracle.




Le charme des ruelles où le calme est souverain.












Les avances de la capitale autrichienne sont à peine dissimulées et oublier Paris pour quelques jours devient délicieux.









Celles-ci ne sont rien que pour toi, Michel:











Entre deux visites de palais, le temps s'arrête dans la fraîcheur d'un café typiquement viennois.



Ci-dessous, le Café Central, retrouvé avec plaisir et par chance pile en face de l'hôtel.



Quel plus vénérable QG espérer ?




Mais, le soir venu, lorsque la crème fouettée est rangée et que la ville s'encanaille, les cafés prennent des teintes et reflets plus suggestifs...










Plus tard encore, lorsque les jambes peinent à porter les restes du touriste conquérant, il est temps de retrouver l'ambiance feutrée de l'hôtel pour une dégustation de thé vert.









Comme Bejita, je cède à la vogue des autoportraits.




Comment ça, de la triche ?












Un peu d'énergie retrouvée, le bar nous tend les bras pour des breuvages plus ... adultes ?









Voilà, c'était juste une petite promenade que je voulais vous faire partager.






A l'Ouest, du nouveau...


Notre sympathique Sacha m'a très gentiment adressé des échantillons de thés qu'il pratiquait chez Camellia Synensis avant de partir à l'aventure dans le grand Ouest.

Parmi ces références, figurait un remarquable wulong répondant au doux nom de Shan Linhsi. Ce bleu-vert de Taiwan est une merveille de légèreté et de délicatesse parfaitement de saison.

Herbe fraîche, une touche de vanille et surtout un étonnant nez de queue de cerise.
Mais n'allez pas croire que cela manque de fond. Il y a de la matière, un rendu huileux à souhait mais sans lourdeur.

Je vous renvoie à la fiche descriptive très bien réalisée du site:


Vivement recommandé d'autant que parfaitement abordable.

02 juillet 2007





Chers Tous,




Il est temps pour moi de me retirer à Vienne pour une semaine de repos. C'est avec une grande joie que je retrouverai pour la 3ème fois cette ville que j'affectionne particulièrement. Vous trouverez ci-contre un cliché pris au Café Central, vieille institution où il fait toujours bon se rafraîchir après une journée de promenade sous le soleil.


J'emporte avec moi un thé vert (Zhu Yé Quing) tout frais de la M3T, un Dan Cong (Mi Lan Xiang 5) et peut-être un Pu Er léger (quelques feuilles de briquette Mengku pourraient faire l'affaire) ainsi qu'un zhong. Le concierge de l'hôtel est prévenu qu'une bouilloire serait la bienvenue dans la chambre. Je ne bouderai pas pour autant le vin blanc, spécialité de la région et le schnaps à la pomme que l'on peut déguster sous la tonnelle des Heuriger.


Mais la boisson numéro 1 lorsque l'on visite Vienne reste le chocolat, mit schlag, bitte !
Le journal du jour, un chocolat et peut-être un quatuor de Mozart, avec pour seule mission de regarder les calèches battre le pavé.

Comme nous l'avions évoqué il y a quelques temps, cette escapade sera l'occasion de faire monter le (relatif ) manque de thé, d'interrompre le rituel du Gong Fu Cha, sans toutefois couper totalement le lien. Je souhaite de bonnes vacances à ceux qui en prendront et du courage aux autres.

Je serai de retour dans huit jours puis repartirai pour une seconde destination dont je vous reparlerai.

27 juin 2007


J'ai goûté ce thé à plusieurs reprises depuis sa livraison.
Hier, j'ai dégusté à nouveau cette référence et considéré qu'elle avait suffisamment reposé chez moi pour pouvoir vous en parler.
C'est l'archétype du Pu Er cuit. C'est sucré, très boisé, iodé, presque salé, persistant mais aussi long en bouche. Un sentiment personnel: à mi-chemin entre la sauce soja et le viandox avec une pointe d'eau de mer et de tourbe. C'est pas mal. Plutôt plaisant sur le coup. Ca tient bien les infusions... plus qu'on ne l'aurait souhaité. Au moins, on est loin des cuits sans personnalité.
Je dédie cette dégustation à tous les amateurs de Pu Er raffinés, à tous ceux qui se privent, économisent pour déguster de belles choses, à tous les esthètes où qu'ils se trouvent.

24 juin 2007



Rien de tel qu'un dimanche au calme pour déguster un thé du Rocher, en l'occurence un Da Hong Pao 4. Dosé à 7g en théière yixing de 16,2 cl, ce thé puissant mais délicat est une invitation à la gourmandise. Les notes toastée, patissières caractéristiques de cette famille de thés sont bien présentes. Un sentiment de financiers sortant du four. Vanille, épices, mais aussi un parfum floral, sucré, de cire. Un arrière goût végétal enfin, à la manière de certaines courges. Au fil des infusions, la bouche perd un peu de sa grande force et laisse place à une saveur de confiture de poire, de coing, de pain grillé, de pâte d'amande plus apaisée.



Les infusions se succèdent sans chute brutale de précision, de matière. Il faut connaître un tel thé, un thé de sensations physiques, qui interagit avec le corps du dégustateur. Le souffle, l'énergie, le sentiment de satiété en sont affectés. La variété des Rocher est très nourrissante mais paradoxalement me déclenche d'intenses fringales quelques heures plus tard.


Il faut se frotter au Da hong Pao 3 pour comprendre que l'on peut aller encore beaucoup plus loin dans le raffinement et toucher du doigt une sorte de perfection dans la riche famille des Wulong. Hélas, le cap à franchir se paie. Mais il faut s'offrir au moins une fois le voyage pour comprendre toute la richesse de cette famille.

La dégustation est à présent terminée. La théière a oeuvré avec talent et l'expérience de nombreuses années. Elle a permis de sonder les arcanes du thé, notamment grâce à sa faculté de conserver une très haute température durant les infusions, même les plus longues.

20 juin 2007

Histoire d'une dégustation exemplaire.

Notre expérience des maisons de thé sérieuses et des aléas du Net nous invitent depuis plusieurs mois à la prudence et à acheter parcimonieusement dans l'espoir de bonnes pioches.
L'annonce de Scott était alléchante. Pur Ban Zhang 2006 et non un vulgaire blend à 10 ou 20%, une grande douceur, des arômes pénétrants, etc...
Notons qu'il s'agit d'un produit relativement cher pour de l'import en "loucedé" sans les frais d'une boutique en ville puisque cette briquette de 90 g coûte 15,50 $.
Passons aux commentaires de dégustation.
"The same procedure as every year, James": 2g/zhong infusions de 30" à 1'.
Dès le rinçage des feuilles, j'ai eu le sentiment que la page était tournée, celle des rince boyaux que l'on déguste en grimaçant et en se disant: "beuark ! y du potentiel, ce sera au top dans 47 ans et 3 mois!". Non, là on est dans un registre qui évoque déjà les mouvements lents des symphonies de Bruckner. Pardon, je divague. C'est fruité (abricot, pêche, papaye, lychee), pure comme du cristal, très complexe, d'une longueur en bouche interminable, l'amertume est presque impalpable mais donne assez de relief à ce thé très orchestré et homogène. Et même si l'on n'a pas le gras d'une galette 45 par exemple, on n’est pas loin en dessous à mon goût. L'un des deux ou trois plus beaux Pu Er jeunes qu'il m'ait été donné de déguster.

13 juin 2007




Maîtriser les éléments est une quête dangereuse et source de déceptions. Pauvres mortels que nous sommes, condamnés à accepter les lois de Dame Nature. Le dégustateur doit se contenter de surveiller les caprices du ciel, en profiter parfois, offrir un bol d'air humide, toutes fenêtres ouvertes à ses précieux Pu Er; s'en protéger en d'autres circonstances, occulter la lumière, fuir la sècheresse et le froid. Mais que penser d'une telle ambition sur une période se mesurant en années... Si facile à relever était le défi sur quelques mois, si périlleuse et inaccessible semble l'épreuve sur une, deux décennies.
Les changements qui accompagneront la vie du dégustateur, les déménagements, les odeurs et autres bouleversements qui émailleront les conditions de stockage des précieuses feuilles seront autant de points d'interrogation à l'ombre desquels il faudra apprendre à évoluer. Alors, mesurons, mesurez le poids du temps qui va s'écouler avant que vos thés ne puissent se révéler à votre palais. Et qui sait... puisse votre patience être récompensée.

09 juin 2007

Prendre le temps de soigner les théières.
Les remercier pour leur office, leur capacité à rendre et même magnifier les précieuses infusions. Savoir les choyer. Absorber l’eau de débordement qui se dépose sur le pourtour du couvercle et sous le bec afin d’éviter la formation d’un dépôt. Appliquer le pinceau sur les flancs de la théière, absorber l’eau qui pourrait stagner sous son corps. L’ébouillanter après la dégustation afin que l’humidité s’évapore rapidement puis brosser à chaud pour lisser, uniformiser les huiles essentielles qui auront transpiré et éliminer les dépôts de surface. Puis, retourner la théières et la laisser sécher en permettant à l’air de passer dessous pendant une journée entière afin d’obtenir un séchage complet.
Je ne suis pas de ceux qui pensent que la théière importe peu, qu’elle ne se bonifie que modérément. J’ai vécu pendant de nombreuses années avec mes théières, je les ai observées, écoutées. J’ai fait toutes sortes de tests, de comparaisons. Je les ai vu grandir, prendre de l’assurance. J’ai étudié leurs limites, leurs forces. J’ai appris les talents de chacune d’entre elles, les tâches dans lesquelles elles excellaient. Oui, une théière de potier se bonifie avec le temps et se culotte. Oui, elle donne à l’infusion la rondeur, l’homogénéité et l’orchestration nécessaires. Oui, elle conserve la chaleur nécessaire aux infusions les plus longues, ce que ne sait pas faire le zhong. Telle théière taiwanaise permettra l’analyse des composantes aromatiques d’un Wulong ou d’un pu Er. Telle Yixing ancienne guidera le dégustateur jusque dans les arcanes de tel Pu Er ou de tel Wulong de prestige. La forme de la théière facilitera les manipulations : une théière haute sera mieux adaptée à un Rocher ou à un Dan Cong aux longues feuilles, une théière basse et évasée offrira l’espace nécessaire à un Tie Guan Yin aux feuilles roulées en boules. Et puis, enfin lors de l’acquisition, se produira souvent l’inexplicable, cette étincelle qui fait choisir à la théière son maître, plutôt que l’inverse. Pour une couleur, une forme, un grain de peau, un volume, une origine, une originalité, l’évidence s’imposera au dégustateur, coûte que coûte.

03 juin 2007




Journée de rangement !




Galettes, briques, carrés, cubes, boîtes, vracs, papiers, théières, plateau, bols, tasses, pinceaux, au secours !

De l'ordre !

Le dégustateur qui ne veut pas vieillir seul doit s'astreindre à un minimum de discipline et un maximum sera copieusement apprécié.

Ce lumineux dimanche de printemps a donc été consacré à un ordonnancement rigoureux. Vérification du stock, descente à la cave des jeunes Pu Er crus et des cuits qui ne donnent pas envie.










Mise en jarre et en boîte des stars du moment, alignement des boîtes, repos des yeux de l'esprit.

Quoi de plus satisfaisant qu'une dégustation d'un vieux thé blanc au jasmin oublié depuis huit mois et encore tout à fait digne. Comme une récompense après une heure de travail appliqué.

02 juin 2007


Vague surréaliste

N’avez–vous jamais eu le sentiment que la réalité vous échappait, que vous viviez les évènements dans un univers parallèle, que la réalité était si déconnectée de la norme qu’elle en devenait à peine croyable ?

Ces instants peuvent inquiéter, donner le sentiment que l’on ne maîtrise plus rien mais également inspirer confiance, laisser penser que l’aventure de la vie laisse réserve encore quelques surprises.

Hier, par exemple, lorsque de retour du bureau, je me prépare, en guise d’apéritif un Mi Lan Xiang 5 en écoutant le second trio de Schubert, et que je laisse venir calmement et seul, le sentiment du week-end, tentant de relâcher mes mécanismes de veille, les sentinelles qui oeuvrent à laisser émerger en permanence les arrêtes les plus saillantes des soucis du quotidien. Je suis bien, presque détendu, uniquement occupé à puiser dans le couvercle renversé de mon zhong les parfums les plus délicats.

L’œuvre s’achève et appelle un bref silence de remerciement.

Puis, j’allume la radio et replonge dans la réalité mais curieusement pas dans celle qui nous rattrape toujours, non, plutôt dans une espèce de palier de décompression encore baigné de surréalisme.
J’apprends que la cousine de Ségolène Royal est élue Front National (premier choc) et vient de s’enchaîner (second choc) pour la nuit à un pied de vigne afin de militer pour la cause des viticulteurs.
Il me reste à renverser la tête en arrière, relancer la bouilloire pour la prochaine infusion et me dire que la vie est formidable.


27 mai 2007


Je profite de ce dimanche calme et reposant pour descendre à la cave et explorer mon stock de Pu Er en quête de quelque découverte et de bonnes surprises. Au rang de celles-ci, figure ce carré de la CNNP millésime 2004 que j'avais acheté en nombre sans l'avoir goûté pour l'instant.
Je m'attendais à devoir affronter la face nord de l'univers des Pu Er crus et pourtant, un assez bonne surprise m'attendait au détour de cette dégustation. Une infusion jaune d'or, une bouche légère avec juste ce qu'il faut de gras. Une belle complexité, une amertume discrète, un fruité élégant, un nez de noisette grillée, enfin un après goût de noix. Une certaine réserve d'ensemble plutôt rassurante. A attendre sereinement.

23 mai 2007


Initiation.
Toute activité, qu’elle soit professionnelle ou privée, requiert un apprentissage, une formation, une transmission progressive d’un savoir et une remise en cause permanente de l’acquis.
Je souhaiterais initier un ami au thé et plus précisément au Pu Er.
Il me semble important de marquer l’esprit dès la première expérience et tenter de déclencher ainsi l’amorce d’une éventuelle passion.
Le choix d’un premier thé peut donc avoir un rôle important dans la réussite de cette entreprise.
Je souhaiterais savoir quel thé vous recommanderiez à un débutant.
Puis dans un deuxième temps, quelles sont, selon vous, les étapes importantes sur la route des Pu Er et des wulong (thés, pratiques...).
Je précise que je vais lui confier un zhong dans un premier temps.

19 mai 2007

La sensibilité à la chaleur éloigne certains d'entre nous de l'usage du zhong pour les wulong et les Pu Er. C'est bien regrettable car la précision de cet instrument pour les Pu Er jeunes et les wulong me semble sans rivale. Une technique éprouvée et un remplissage précis du zhong permet toutefois d'éviter le pire. Vous pourrez consulter, à cet effet, la leçon vidéo de Maître Christophe sur son blog.
En pratique, même en veillant à ne pas trop remplir le zhong et en le tenant par les bords les plus éloignées, on arrive à se brûler surtout lorsque l'infusion a duré plusieurs dizaine de secondes et que la porcelaine est bien chaude.
Reste la solution d'utiliser un zhong à bords larges et évasés comme celui qui figure au second plan de ma photo. Il est un peu plus grand que le modèle de la Maison des Trois Thés au premier plan. Les deux sont très fins et montent très vite en température. Le raffinement du zhong de la M3T est certes plus évident, il s'agit à coup sûr un instrument de grande précision mais celui provenant de Yunnan Sourcing au second plan a pour lui un argument de poids: il coûte 3,80$ et ne se transforme pas en instrument de torture pour les utilisateurs les plus sensibles à la chaleur.

16 mai 2007


Après cinq années aux affaires, ma bouilloire électrique a rendu l’âme. L’intérim a été assuré par ma bouilloire en terre de la Maison des Trois Thés, conformément à la législation. Aujourd’hui à 11 heures, selon le protocole en vigueur, la nouvelle bouilloire élue prendra ses fonctions.
Les témoins autorisés dresseront rapidement un bilan de ce quinquennat passé : ils loueront la rapidité d’action de ma bouilloire sortante, son sens des responsabilités, sa prise de position tranchée dans l’affaire du vrai faux Pu Er du Net.
La bouilloire élue choisit de placer son mandant sous le signe de la rupture : la capacité à choisir des températures intermédiaires, le maintien de la température, la politique de silence de fonctionnement. Des choix audacieux qui placeront l’ère future sous le signe d’un profond renouveau. L’expérience du quotidien nous apprendra si ces orientations peuvent témoigner d’un nouvel élan positif.
Mes Chers Compatriotes : Vive l’eau bouillie, vive le thé, vive la France !

11 mai 2007




Savoir goûter le manque.
Dans tout apprentissage d’une passion, il est important de jauger le niveau atteint par des privations passagères.
Je m’absente trois jours de Paname et de ses thés envoûtants.
Je n’emporte rien pour mieux apprécier la rupture.
Je vais demeurer à l’écoute de mon corps de ses requêtes pour mieux le servir à mon retour.
Cette retraite des sens aidera à purger les souvenirs récents de dégustation.
Puis, à mon retour, je disposerai de quelques jours de congés pour replonger intensément dans les plaisirs du thé.
Une renaissance nécessaire.

10 mai 2007


Zhi Lan Xiang 1

Dernière de mes découvertes dans le monde des Dan Cong. Symbole fort d'un équilibre presque

parfait. Sorte de quadrature du cercle. Un nez de fruit d'été (abricot, pêche, poire et même des notes de fruits rouges) mais également des notes patissières, de crème d'amande d'une grande subtilité. Peut-être le wulong le plus difficile à décrire qui m'ait été donné de goûter. Une infusion jaune pale qui cache ses richesses. Au fil des infusions, un parfum de cuisson de confiture de citron me parviendra. Et toujours une mâche, une profondeur, une présence qui sont la marque des très beaux thés.

09 mai 2007





Chers Tous,


Comment comprendre l'univers complexe et tellement riche du thé sans quelques rudiments de chinois en poche.

J'ai donc décidé de vous offrir votre première leçon de chinois.

Rémi ?!? La fiche, s'il te plait !


1) That's not right....................... Sum Ting Wong

2) Are you harboring a fugitive? ...... Hu Yu Hai Ding

3) See me ASAP.......................... Kum Hia Nao

4) Stupid Man............................. Dum Fuk

5) Small Horse............................. Tai Ni Po Ni

6) Did you go to the Beach? ............ Wai Yu So Tan

7) I bumped into a coffee table........ Ai Bang Mai Fa Kin Ni

8) I think you need a face lift........... Chin Tu Fat

9) It's very dark in here................... Wao So Dim

10) I thought you were on a diet.... ....Wai Yu Mun Ching
11) This is a tow away zone.............. No Pah King

12) Our meeting is next week........... Wai Yu Kum Nao

13) Staying out of sight................... Lei Ying Lo

14) He's cleaning his automobile.......... Wa Shing Ka

15) Your body odor is offensive........... Yu Stin Ki Pu

16) Great.................................... Fa Kin Su Pah

Cette leçon est en cours de traduction pour les classes de francophones.

Bon travail !

De rien...


22 avril 2007


A la recherche d'un sentiment estival propre à célebrer l'arrivée des beaux jours, je me lance dans l'exploration d'une famille de thés vantée pour sa richesse et sa délicatesse: les Dan Cong.

Les premiers à passer ma porte sont les Mi Lan Xiang 3 et 5. Dans les deux cas, nous avons à faire à de très beaux thés. Le premier bien que plus simple offre sa vivacité, son opulence, une spontanéité sur des notes de mangue fraîche. Un délice !



Le second, en grand seigneur, présente une très louable complexité, une variété de parfums de fruits frais d'été: mangue toujours mais aussi pêche et peut-être aussi un soupçon de sirop maison de fraises, comme un appel à de lointains souvenirs d'enfance.

16 avril 2007


J’ignore ce qu’il en est pour vous mais l’arrivée des chaleurs de l’été rogne mon élan de dégustateur. J’ai tendance à associer le thé aux saisons les plus fraîches ou au moins les plus tempérées. Par ailleurs, les conditions occidentales de dégustation en milieu sec et frais sont très différentes de celles rencontrées en Chine. Il est probable que l’approche s’en trouve modifiée et que les dégustations soient très différentes. Dès lors, notre perception de tel ou tel cru est certainement influencée par notre environnement un peu à la façon dont notre perception musicale est dépendante de l’acoustique du local d’écoute.
J’ai personnellement noté des différences entre les dégustations d’un même thé à des époques différentes de l’année. Une certaine chaleur humide mais sans excès me semble booster les sensations lors de la dégustation mais perturber la concentration du fait de la montée en température du corps.
Les conditions idéales me semblent pouvoir être approchées avec une combinaison de douceur et d’humidité comme après une pluie de printemps ou de début d’automne.

15 avril 2007


Rien de bien neuf sur Blackteapot.
Juste une soirée de dimanche propice à la dégustation.
La douceur de cette fin de journée assure une température idéale de la pièce. Ni trop chaude, ni trop fraîche. Les parisiens sont encore sur la route du retour des vacances ou de week-end, même le XVème arrondissement est calme et silencieux. Ce qui est rare et précieux. Les souvenirs d'un dîner avalé très tôt, à l'anglaise diraient certains, laissent place à une série de dégustations détendues mais studieuses.
Un vrac n°22 chargé à 4g en Yixing suivi d'un vrac n°23 dosé à 2g en zhong. Il est encore tôt et il n'est pas exclu que d'une main fievreuse, j'approche la jarre contenant des références plus prestigieuses. Qui sait...

11 avril 2007


Magique !
Comme me l'a conseillé Madame TSENG, j'ai pris une seule et unique feuille de la galette 2005 n°45 et l'ai fait infuser 15 minutes. Etonnant: le résultat est plein, riche, homogène, fruité, complet. Une vraie dégustation de grande classe. Mais ce n'est pas tout: j'ai renouvelé l'opération une deuxième, une troisième et une quatrième fois avec bonheur.
Voilà, une feuille, 4 zhong. Alors, toujours cher ?
Essayez...

09 avril 2007

Comparaison de deux Pu Er crus: Xiaguan Tuo Cha jia Ji 2000 Vs Golden Ribbon 2004.
Cahier des charges 2g en zhong.
J'avais envie de tester ces deux références que l'on annonce volontiers comme les deux meilleurs TC d'une maison réputée pour cette forme de Pu Er, le GR étant donné comme supérieur.
J'avais commandé en Chine quelques exemplaires de chaque et n'avais pas encore trouvé le temps de faire des essais.






Les feuilles rincées sont riches en surprises.



Le JJ tire sur le fruit sec brûlé (amandes ?) alors que le GR est plutôt sur des notes de tabac brun froid (sic...) avec une pointe d'acidité et davantage de profondeur. On est loin des Pu Er faciles et flatteurs au nez.










Le GR présente des infusions jaune d'or d'un caractère sombre, lègèrement brûlées, pourvues d'une subtile astringence, sans amertume. L'ensemble est très orchestré, assez complexe, masculin avec des accents de terre brûlée. Cela me rappelle un incendie pendant mon enfance. Il faut espérer que ce nez peu avenant changera avec le temps car la bouche est plaisante et offre quelques promesses.








Le JJ est plus classique, d'aspect d'abord avec ses reflets orangés, sa fraîcheur et sa souplesse sont appréciables. Abricot, raisin sec, un peu de gras en bouche. Un après goût assez tanique avec quelques arrêtes vives sur les côtés de la langue. C'est moins homogène que le GR mais plus facile.




En conclusion, une dégustation correcte qui n'offre pas de réel plaisir à ce stade.


Le temps dira si la réputation de ces thés est méritée mais j'ai fréquenté des références du même âge nettement plus accessibles.

08 avril 2007


J'évoquais il y a peu la possibilité de diversifier les sources d'approvisionnement en thé notamment pour enrichir notre maigre expérience du sujet.
Je n'insisterai pas sur les médiocres crus qui ont pu me parvenir et vous invite à une vigilance de tous les instants. Dans cette foire à la piquette, une arrivée récente m'a agréablement surpris et semblé au dessus de l'ordinaire. Il s'agit d'une petite galette de 125g nommée "King of bang wai Mountain Lancang ancient tree" en provenance de Yunnan Sourcing. A 13US$, ce thé se justifie pleinement. Les feuilles rincées développent une parfum riche en sève, assez tenace, au fûmé élégant. Les petites feuilles d'un vert tendre, à la bordure dentelée et à la pointe rousse s'expriment avec une certaine distinction. Les infusions évoquent la fleur de sel, la douceur et un fruité agréable. Peu tanique ou amer, ce thé offre quelques promesses même si je dois vous confier que sa comparaison directe avec les galettes 36 à 38 de la Maison des Trois Thés s'est révélée cruelle... Son manque de fond et de gras sont particulièrement remarquables au regard de ce qu'offrent les trois galettes de la Place Monge.






Comme un parfum d'infusion lointaine...


Au dégustateur inquiet qui cherche ses repères dans la nouvelle donne des Pu Er jeunes, je conseille l'étude de la galette n°36 1998 qui me semble illustrer idéalement ce que l'on peut attendre d'un thé entre deux âges. A mi chemin entre la jeunesse fruitée des années suivantes et le caractère plus sombre des Pu Er tels que nous en conservons le souvenir en tête, il développe des parfums et des saveurs de fruits d'été, une fraîcheur appréciable ainsi que le caractère ambré et mystérieux de nos références. La qualité du travail permet ici la rencontre d'un thé pur et transparent dont les infusions sont débarrassés de ce voile trouble qui vient souvent encombrer les Pu Er anciens. Pour comprendre ce que j'évoque, concentrez-vous sur les infusions lointaines de vos références. Elles atteignent souvent cette transparence qui fait défaut aux premiers passages.

29 mars 2007


En ces temps aventureux où le dégustateur goûte, regoûte, se dégoûte, l'expérience d'un vrai, grand, vieux et noble Pu Er cru relève de l'expérience sacrée. Fermez les yeux, passez en revue vos moments de grâce. Là, voilà, vous y êtes. C'est bon, non ?

Facile de faire remonter les souvenirs, les beaux, les grands. Les grands thés ne sont pas légions, pas même à la Maison des Trois Thés. Alors... lorsqu'un seigneur apparaît sur la carte, c'est un moment d'exception. Un moment comme celui vécu il y a une semaine avec le retour à la carte de la brique n°13 de 1988. Cela ne vous dit peut-être rien, elle avait disparu un temps et se trouve de nouveau à la dégustation et à la vente. Mais hélas, pas pour tous. Pensez donc, un euro le gramme... Mais au moins une fois, il faut avoir approché le phénomène sur place, concentré, seul avec soi même et un peu de temps, une poignée d'heures pour faire connaissance avec ce géant. Car il y a tout dans ce thé: les effluves mentholées, profondes, la persistance aromatique, la sagesse et la sévérité, la longueur en bouche grandiose, cette présence comme celle d'un silex trouvé au bord d'une source d'eau de montagne. Sauvage. Une minéralité qui imprime le palais et parfume de vieux bois la bouche toute entière. Regardez le disque vert, découvert par Christophe toujours à l'affût, épouser les bords de la tasse . Et ces infusions lointaines tellement vertébrées, avec cette finale tendue comme un arc et un dernier souvenir de dégustation poivré capturé pour quelques minutes encore. Respect...

26 mars 2007



Au terme d'une comparaison que j'ai voulue sérieuse pour une fois, je peux vous donner quelques pistes se rapportant à ces trois nouveautés que sont les vracs 1996 n°22, 1997 n°23 et 1998 n°24.
Le n°22 présente de petites feuilles brunes d'aspect assez classique. Les feuilles réhydratées offrent un parfum subtil légèrement iodé, salé, évoque la noisette grillée. En bouche, il est l'expression même de l'élégance. Rien ne dépasse, ni ne vient heurter le nez ou le palais. Tout est parfaitement orchestré. On dirait un vieux thé sage et fondu. Le seul trait qui le différencie d'un grand et vieux Pu Er est la discrétion et sa complexité relativement modeste. Mais il y a de la matière derrière cette retenue. Justesse.
Le n°23 et ses grandes et larges feuilles brunes est plus végétal, davantage sur les fruits frais (mangue verte, mirabelle, agrumes) et les légumes verts (un peu à la façon d'un carré 1980, toutes proportions gardées. Il présente une longue, très longue finale fraîche et subtilement amère, comme une amande à peine sortie de sa coque que l'on aurait gardée sur la langue. Ce thé est une bouffée d'air frais. C'est le plus jeune, tendre d'esprit.
Le n°24 et ses larges feuilles marron est le bad boy de la famille avec son nez fauve, musqué. Il porte le cuir et la fourrure et ne s'en laisse pas conter. Il est plus gourmand aussi, amande grillée, bois (rappelle le vrac 1993 en plus élégant), prune noire gorgée de soleil et de sucre. Mais aucune lourdeur dans ces infusions limpides. Un sauvageon, tout de même.
Au terme de cette comparaison partiale et succincte, il me semble que ces thés se complètent merveilleusement et feront le bonheur des dégustateurs.
Difficile pour moi de faire un choix ou un classement. Le premier est le plus homogène, le deuxième, le plus vivifiant et le dernier, le plus animal.
C'est déjà beaucoup pour le prix.

25 mars 2007


Chers Tous,

J'en appelle à tous les déçus, les frustrés, les fauchés, à tous ceux qui n'ont plus que haine et désespoir, à toutes les victimes de la hausse des prix du thé. "N'ayez pas peur" disait l'homme en blanc. Aimez-vous comme l'on vous a aimé. La voie du Sauveur est ouverte, le chemin de la Lumière, tout tracé.
Résiliez votre compte Paypal, gardez votre bien, n'ouvrez plus la porte au postier car j'ai le plaisir de vous annoncer la riposte de la Maison des Trois Thés. Une nouvelle trilogie de vracs simples, très abordables (18/20/22 euros les 100g) dans lesquels chacun retrouvera le goût et le parfum de la madeleine de son enfance. Ne regrettez plus vos 92 et 93 qui vous donnaient des plaisirs simples, francs et rassurants. Le printemps 2007 apporte son lot d'espoir. Je rentrerai dans le détail lors d'un prochain post mais j'ai testé pour vous avec plaisir les 1996 et 1998 et c'est une réussite ! Non, la Maison des Trois Thés ne néglige pas le dégustateur modeste, elle le respecte, lui propose certes des thés d'exception bâtis pour un avenir tellement prometteur mais aussi des Pu Erh de consommation courante. Des thés sans lesquels les dégustations de référence ne seraient pas si bien mises en valeur. Des thés qui donnent envie d'attendre les instants privilégiés avec sérénité.

20 mars 2007







Galette n°41 2003.



Achat mutualisé à l'initiative de Christophe, cette galette me semble constituer une étape importante dans l'histoire de la dégustation de thés de la famille des Pu Erh. Après quelques déceptions dans l'exploration des jeunes Pu Erh, je découvre avec plaisir la partie émergée de ce thé plus que prometteur. Des infusions pales mais d'une grande transparence, un nez délicatement fumé , gourmand et sucré, aucune amertume en bouche et l'évocation de fruits d'été: abricot, poire, melon. Une race évidente avec une signature mentholée, un jus plein de sève, une énergie palpable. Enfin, une résistance aux infusions impressionnante et la sensation de faire face à un volume plein, rond, homogène, comme une sphère en mouvement. Une, deux, trois, cinq, huit, dix, douze infusions avec deux grammes de thé. Assez ! Ce thé ne connaîtrait-il donc pas de repos ! Je quitte le champ de bataille, rompu à tant de promesses pour nos vieux jours.

19 mars 2007


Nous avons tous en tête l’effort qu’il faut réaliser pour conclure qu’un jeune Pu Er cru est ou non prometteur.
Effort souvent vain puisque nous n’avons pas toujours l’expérience et le discernement pour réaliser si le produit que nous avons en main est ou non réellement de qualité.
Nous nous réfugions, probablement à raison, derrière une règle simple : si c’est bon jeune, ça devrait au moins le rester, si ce n’est progresser.
Partant de ce postulat, nous pouvons passer à côté de jolis thés ingrats dans leur jeunesse mais plein d’avenir.
C’est la vie…
Pour ce qui est des cuits, l’équation est en théorie plus simple : ce n’est pas destiné à évoluer énormément donc, il ne faut pas miser sur l’avenir pour améliorer une situation décevante.
J’observe que les mauvais cuits ont dès les premières infusions un goût rance. Pour comprendre ce que je dis, vous prenez le très sympathique et gourmand cube 1987 de la M3T, vous le faites infuser une ou deux fois et vous le laissez dans la théière pendant 3 jours. Vous allez tout de suite comprendre. C’est à ça que ressemble un mauvais cuit. Il y a aussi parmi les mauvais cuits, ceux qui ne modifient l’eau qu’en apparence.
C’est coloré et cela n’a pratiquement aucun goût.
Bref, ça ressemble à du rendement intensif.
Maintenant, on peut se demander s’il est facile de distinguer un vieux cru d’un cuit. Pas si évident.
Demandez-vous par exemple quelles références de la M3T sont cuites. Il se peut que l’on se fasse des idées fausses, d’autant que notre fournisseur préféré est peu disert sur le sujet.

12 mars 2007


La guerre des spécialiste peut avoir lieu sans moi.

Je vous demande pardon. J'ai essayé mais ne suis pas parvenu à m'intéresser à la technique du thé. Phénomène masculin consistant à devenir spécialiste, de rien, de tout. Se perdre dans les détails et manquer l'essentiel. Je fixe la vapeur qui s'échappe du bec de la bouilloire depuis si longtemps que j'en a oublié la rue qui palpite. Les sensations du thé, le nez, la bouche, le vide spirituel, la quête de l'apesenteur. Oublier, savoir oublier la technique du thé, la récolte, la fabrication, le stockage, l'aspect, tout oublier sauf l'écoute du corps, le sentir mollir, oser la transparence et le retour vers soi.

27 février 2007


S'il n'en restait qu'une...


Il en est des objets comme des personnes: la fascination qu'ils exercent parfois sur nous n'est pas toujours rationnelle.

Il y a entre moi et cette théière un "je ne sais quoi" de pas très raisonnable.

A l'heure du choix, c'est presque toujours elle qui gagne sa place à la table de dégustation.

Elle puise à merveille dans les arcanes des Pu Er anciens, en dévoile les souvenirs les plus lointains, s'adresse aux jeunes avec compassion, flatte leur vigueur tout en en civilisant leur discours.

En partenaire fidèle, elle est une main tendue et toujours disponible pour un voyage dans le temps.

Comme un juste retour des choses, le Pu Er est redécouvert par la Chine, s’invite à la table de la nouvelle bourgeoisie locale, sort de la confidence et goûte à la dure loi de l’offre et de la demande.

Le dégustateur privilégié jusqu’alors, qu’il vienne d’Orient ou d’Occident voit son loisir quotidien brutalement élevé au rang d’exception.

Le Pu Er retrouve sa noblesse en raison de la rareté de l’offre de qualité et de l’effort financier qu’il suppose dorénavant.

Le regard du dégustateur sur sa collection change irrémédiablement. La main plongée dans la cave à thé hésite, reste suspendue, comme saisie d’effroi puis épargne de plus en plus souvent les précieuses et rares galettes anciennes.

Le dégustateur se créé des évènements pour célébrer ses crus les plus nobles.

Il porte un regard différent sur ses références, inspecte, compte, liste, répertorie, vérifie ses stocks.

Le Pu Er s’est vengé d’avoir été traité comme une boisson et rappelle à nos consciences qu’il est un trésor.

22 juillet 2006


Le choc des cultures, des raffinements permet l'impensable. Allier l'épure orientale au luxe ostentatoire occidental. Lié par un pacte sacré, le dégustateur ne peut s'affranchir d'outils premiers: théière de potier, nobles feuilles de thé, eau filtrée. Aussi ne lui reste-t-il que les accessoires secondaires pour marquer de son empreinte la célébration du thé. Théière de réserve, bateau à thé, poubelle, nappe, pinceau, tasses célèbrent son royaume et peuvent arborer ses couleurs. La tentation du luxe est grande et dangereuse, l'équilibre entre l'abandon et l'affirmation de soi fragile. Il appartient à l'amateur de trouver la voie de son plaisir sans trahir l'esprit du thé.

21 juillet 2006


Boisson des voyageurs par excellence, le thé se pare de toutes les apparences pour suivre son admirateur au fil de ses déplacements. Emballé, façonné, compressé, il sait se montrer discret pour mieux dévoiler ses atouts, le moment venu. A l'ombre d'un jardin fleuri de quelque palais du radjahstan ou face à la mer du nord, au creux d'un fjord, observant le ballet incessant des goélands projetant des jeux d'ombres sur la surface irisée de l'eau calme, couleur argent, le "Wanderer" fait étape, délasse sa carcasse fatiguée, profite du silence et tente d'arrêter le temps.
Les précieuses théières sont restées à la maison, comme une invitation au retour. Alors, il sort de son sac de voyage un zhong et quelques grammes de thé qu'il confronte à l'eau locale, parfois avec bonheur.
Il semble ainsi qu'ici mieux qu'ailleurs, le thé ait pris son temps.

10 mai 2006


Préparer une dégustation.
On n’affronte pas un thé naïvement. Intimer aux feuilles de révéler leurs plus délicats atouts impose une certaine préparation. Il faut mettre en condition l’âme et le corps afin que la fête soit totale. Chasser les mauvais songes, libérer l’esprit, mais aussi assainir le palais, préparer les papilles demande concentration et savoir faire. Bannir les repas trop riches ou arrosés qui donnent soif et transforment la dégustation en orgie à l’eau chaude, espacer la dégustation des repas de plusieurs heures afin que leur souvenir ne soit pas trop vivace. Privilégier le pain au naturel aux mets sophistiqués, savourer sa simplicité, pendant solide à la pure infusion. Dormir afin que le corps soit reposé, disponible à l’éveil des sens. Adopter une position confortable pour la préparation du thé, assise, sans excès de confort afin que l’attention soit possible, dans un environnement calme. Enfin, trouver un lieu suffisamment chaud pour que les arômes ne soient pas bridés par la fraîcheur, mais sans excès. Puis, laisser monter l’envie de thé en pensant à l’avance au bonheur qu’elle procure. Faire du thé un but et non un moyen.

28 avril 2006


L’évocation des arômes.
Ananas, noix de coco, noix, noisette, pastèque, figue, abricot, orange, pruneau, poire, coing, muscat, ginseng, miel d’acacia, de bruyère, fougère, herbe fraîche, sucre blanc, sucre roux, caramel, cannelle, rose, lys, muguet, « fleurs blanches », fleurs fânées, menthol, camphre, noix de muscade, bois, vieux bois, bois brûlé, bois mouillé, terre, terre humide, terre brûlée, légumes verts, petits pois, café vert, épinard, romaine, etc…
Vous reconnaissez sans doute parmi ces références certains parfums rencontrés lors de vos dégustations de thés. Comme le vin, davantage, dit-on, le thé décline des parfums naturels à l’infini. Miracle de la Création que cette plante caméléon qui évoque tant de merveilles de la nature. Miracle d’une infusion réussie qui mettra en valeur ces richesses, mystère de la suivante qui se fermera aux sens, défiant toute logique alors que la préparation n’a pas varié.
Insondable secret porté par la seconde tasse à sentir qui développe avec plus de précision que la première les arômes de la même infusion d’un bleu-vert.
Au-delà des gestes et des mots, le thé rappelle parfois au dégustateur ses pouvoirs et entrouvre la porte de ses secrets.

27 avril 2006


La pratique du Gong Fu Cha implique des gestes précis qui participent à la qualité de l’infusion, puis des gestes que je qualifierai d’apaisants, ceux qui appellent le vide de l’esprit en même temps qu’ils servent la dégustation. Mais culotter une théière est aussi un acte de tendresse. Passer un pinceau sur les flancs généreux d’une Yixing a quelque chose qui dépasse la raison. Ces rituels répétés sans cesse tout au long de la dégustation sont comme un remerciement au talent exprimé par l’instrument, l’objet et bien sûr par l’artisan qui, en amont, a mis tout son savoir dans la réalisation de la poterie. Le dégustateur se doit de rendre cet hommage.
Comme une cave à vin, un stock de thés doit savoir évoluer en permanence. C’est ce ballet incessant entre les nouvelles arrivées et l’épuisement d’anciennes références qui lui donne vie.
Aujourd’hui, la liste de mes thés se décompose ainsi. Qui peux savoir de quoi sera fait le lendemain…
Tous proviennent pour l’instant de la Maison des Trois Thés.

Bleu-verts :

Thés du Rocher :
Da Hong Pao n°6 de 1994
Da Hong Pao n°4
Tie Luo Han
Sui Xian n°5
Yan Zhong Lan
Wuyi Rou Gui 5

Beauté Académique 1

Anxi Tié Guan Yin n°3 de 2004

Pu Erh :
Galette 1983 n°20
Galette 1985 n° 8
Galette 1986 n°4
Galette 1994 n°23
Galette 1996 n° 14
Galette 1999 n° 17

Brique 1980 n° 9

Feng Huang Tuo Cha 1978 n°7
Tuo Cha 1986 n°8
Tuo Cha 1979 n° 3

Carré 1979 n°2 version 1
Carré 1979 n°2 version 3
Carré 1980 n°3
Carré 1985 n°4

Cube 1987 Fu Zi Zhuan

Vrac 1968 n°8
Vrac 60’ Lan Cang Jiang
Vrac 1992 n°14
Vrac 1993 n° 5

24 avril 2006



Ce soir les Parisiens étaient gâtés.

Orages et averses de fin d'été, craquements cataclysmiques, quel meilleur contexte pour déguster un Pu Erh. L'air chargé d'humidité emplit les poumons et appelle ce retour à la nature dont le Pu Erh est la plus pure expression. Alors, ce soir, fenêtre grande ouverte, j'ai mêlé la folie des éléments au raffinement du thé, non sans penser aux autres dégustateurs qui ne ratent pas pareille occasion.

22 avril 2006


Cette théière a rejoint les autres modèles de ma collection, il y a peu. Elle complète admirablement le lot de celles qui servent à la préparation des Pu Erh. Mais il s'agit de ma première yixing consacrée aux thés anciens. Malgré plusieurs recherches infructueuses dans le passé, je n'avais pas encore trouvé de théière yixing à mon goût pour les Pu Erh. Trouver la terre, le modèle, la couleur, le volume, les qualités à l'usage, l'état de conservation, le prix comptent parmi les critères d'un choix toujours difficile. Cette petite nouvelle conserve la précision remarquée chez les taïwanaises mais apporte un supplément d'âme et de profondeur à l'infusion. Elle offre un velouté et une mâche remarquables, ainsi qu'un fort pouvoir d'analyse des arômes et des saveurs. Il est toujours fascinant de penser qu'une théière ancienne a une histoire, un vécu qui lui est propre. On peut imaginer les thés plus ou moins prestigieux qu'elle a connus, les propriétaires successifs, les raisons qui les ont poussé à s'en séparer. Les regrets, déchirements, calculs qui s'en sont suivis. Chaque nouvel acquéreur offre une renaissance à la théière et participe au mouvement perpétuel de la transmission du savoir, de la pratique du Gong Fu Cha.

19 avril 2006


A l'instar du vin, le Pu Er va profiter de l'empreinte du temps pour évoluer, s'adoucir, gagner en profondeur, arrondir sa mâche, son "tombé en bouche" et enfin apprendre à disparaître avec élégance. Remiser en cave les plus mûrs, exposer à l'air les plus verts afin qu'ils évoluent plus vite. Essayer de conserver en quantité suffisante les vracs et cubes afin d'éviter qu'ils ne passent leur tour. Et enfin, laisser les différences s'influencer les unes, les autres en mélangeant les crus en jarre sans craindre qu'ils ne perdent leur personnalité. Apprendre à oublier certains thés pour mieux les redécouvrir des années plus tard, parier sur l'effet du temps.

La magie de la terre de Yixing. Peut-on vraiment expliquer le rôle de la théière sur la qualité de l’infusion, l’apport mystérieux d’une véritable théière de potier ancienne, les vertus de cette terre épuisée. Comment comprendre la profondeur, la richesse de la liqueur ainsi magnifiée. Chaque théière a son langage, son mode d’expression. Une comparaison directe entre plusieurs révèle l’infinie richesse de leur discours.

Le Pu Er est ami du dégustateur. Il accompagne ses temps libres, ses soirées, ses nuits. Les thés les plus mûrs sont réservés aux heures tardives, aident à la digestion, apaisent l'âme et le corps. Les plus vifs éveillent les sens, coupent le souffle. Et tous vident le temps des pensées inutiles. Sous toutes les formes: galettes, briques, carrés, nids, cubes, vrac. Pour toutes les occasions, pour m'accompagner chez moi, en voyage, partout où je suis. De fidèles compagnons aux multiples formes et figures qui seront aussi personnalisées par les instruments, les théières utilisés.

18 avril 2006


Se méfier des apparences, combattre les certitudes. Les meilleurs crus, les plus honorables dégustations ne proviennent pas toujours des feuilles les plus belles. Tel carré de Pu Er compressé n'offrira pas de plaisir partuculier aux yeux, tel vrac aux feuilles ridiculement petites gardera ses secrets pour l'infusion. Quel dégustateur non avisé miserait sur ce fantastique vrac de 1968. Et pourtant...

Si les Pu Er m’accompagnent au quotidien, il m’arrive de consacrer certains moments privilégiés à la dégustation de thés bleu-verts de la famille des « Rocher ». Sensiblement torréfiés, leur univers fait le lien avec celui des thés anciens. Leurs caractères floraux et fruités m’évoquent les gourmandises de l’enfance, sucres d’orge, madeleines juste sorties du four, financiers, confitures de fruits d’été. Pour mettre en valeur la force et la complexité aromatique de ces thés, je fais confiance à une théière en terre de Yixing, acquise il y a quelques années. Sa surface présence de caractéristiques ridules qui évoquent le chemin du temps sur la peau. Une manière pour l’objet de rendre hommage à son propriétaire.

17 avril 2006


Le thé prend son temps, il l'arrête, le temps d'une dégustation; le maîtrise par une succession de gestes utiles à la préparation de l'infusion. Seule l'infusion doit compter. Le dégustateur doit tendre vers la perfection du geste qui magnifiera l'infusion.
Même s'il est parfois (souvent) difficile de faire abstraction du plaisir qu'engendrent les moyens qui mènent à nos fins.
Ci-contre, ma première théière de potier. Un objet convoité, désiré puis acquis. Un objet à fort pouvoir attractif dont la mission ne doit pas dévier: délivrer une infusion fidèle , objective de thés anciens, de Pu Er. Il importe de connaître, de reconnaître les qualités et les limites de cette théière pour cerner les thés que je lui confie. La terre et le travail, la façon font de cette taïwanaise un instrument précis délivrant une liqueur légèrement huileuse mais sans le fondant des vraies Yixing. Les arrêtes sont ici plus vives, l'analyse plus objective, peut-être. On se rapproche d'une dégustation en Zhong. Ce qui pose ainsi certaines limites au plaisir. Une étape.
La passion du thé se mérite. Elle se fait courtiser comme une jolie femme, ne dévoilant ses attraits qu'au fil du temps. On commence par les maisons de thés destinées au grand public. On découvre un univers richement paré, des ustensiles aux vertus hautement décoratives, des théières de touts formes et couleurs, un univers de luxe à l'occidentale. On renoue aux joies du colonialisme passé, gloire d'une Europe passée qui croyait en sa toute puissance. Puis avec le temps, on découvre, on approche la vérité, celle qui revient aux sources de l'Orient, à la beauté simple, au temps que l'on accorde au breuvage et non plus à son apparat. On apprend la nudité du dégustateur face à son infusion, le retour vers soi.