03 novembre 2008



Ba Xian 2 de Taiwan

Lorsque l'on décide pour la première fois de déguster sérieusement un wulong, l'initiateur pose souvent la même question: dans notre référentiel, gustatif, que va-t-on rechercher: le fruit frais, sec, la fleur ou le miel ?
C'est réducteur mais souvent précieux pour borner un sujet si vaste et étourdissant pour un néophyte.
Peut-être avez-vous aussi répondu à cette question, peut-être avez-vous en tête une réponse évidente qui signe votre ou vos penchants.
Lorsque l'on m'a posé cette question pour la première fois, il y a 8 ans, j'ai dû répondre le fruit sec ou frais, peut-être la fleur mais pas le miel. Ce n'est pas que je n'apprécie ce mets en général, mais je suis un peu gêné par tant de rondeur qui confine parfois à l'ennui. J'entends le chant des abeilles me bercer et je crois perdre toute énergie, vivacité. Et puis, ce monde me semble moins vaste que l'univers des fruits ou celui des fleurs.
Cette distance est restée avec le temps et ce n'est que rarement qu'il m'arrive de fréquenter ces rivages du thé, souvent par le "fruit" du hasard.
Comme samedi dernier par exemple, lorsque, accompagnant l'un d'entre vous, au terme d'un épique et endiablé shopping Place Monge, j'ai eu l'occasion de recevoir 5g de Ba Xian 2 de Taiwan.
Quelques jours ont passé et j'ai pu, au calme, aborder cette référence studieusement. Les feuilles sèches et chauffées annoncèrent d'emblée la couleur: bienvenue dans l'univers du miel, de l'hiver, de la montagne et des forêts de pins. Dès les premières effluves, j'eus l'impression d'être transporté dans un refuge de montagne et sentis que l'on ne me proposerait pas de conclure de sitôt...
En même temps, le parfum complexe et racé avec une belle ligne d'acidité ne m'emmenait pas si loin de celui de certains Rocher, comme le Shui Xian 5, par exemple.
Les feuilles rincées ont confirmé la dominante de miel plutôt sombre avec une belle profondeur.
Les infusions ont donné du spectacle au nez avec une intéressante évolution des parfums au fil des passages avec bien sûr une trajectoire allant du miel au résineux à quelque chose de plus floral, transparent, aérien qui n'était pas pour me déplaire. La bouche a été stimulée de manière parfois un peu anarchique avec des tanins pas toujours bien lissés et une ampleur perfectible. A ce titre, je pense qu'en zhong, 4g auraient suffi. En revanche, la persistance en bouche peut être qualifiée de phénoménale. Une heure plus tard, j'ai l'impression que l'on m'a tatoué le nom de ce thé au palais...
Vous l'aurez compris, ce n'est pas mon monde mais je dois concéder que ce thé a de l'expression, de la personnalité et plaira certainement à tous ceux qui rêvent la nuit de pénétrer dans l' "Hundred Acre Wood"...

14 commentaires:

Anonyme a dit…

"accompagnant l'un d'entre vous, au terme d'un épique et endiablé shopping Place Monge"

Ah ah! ;-)

Excuses-moi vraiment si je ne t’ai pas appelé dimanche… j’avais oublié le chargeur de mon blackberry en Italie et je suis resté sans téléphone / emails / rubrique dès dimanche matin… Oh, la modernité…

La « Crotteuse » est arrivée à Milan et elle vient juste de magnifier un Dong Ding n° 4. Je l’aime déjà, même si elle est géante (180cl !!) à coté de mes autres Yixing.

Merci encore, mon ami, j’espère te voir juste après Noel. Je vais t’envoyer un email, le gars que j’ai rencontré dimanche soir est très simpa et a accès à bien de choses intéressantes ;-)

Ciao !

Antonio

Raphael a dit…

C'est parfait.
Prends bien soin de la crotte chinoise.
A te lire,

lionel a dit…

"la crotte chinoise"

private joke ? on peut etre mis au parfum...?

Raphael a dit…

Le Monsieur a acheté samedi une sublime théière Yixing à la M3T.

Fallait bien lui trouver un nom...

Anonyme a dit…

le point commun entre le miel et le thé ? les saveur qui en font un produit unique il n y a pas un miel , mais des miels , comme il n y a pas un thé mais des thés ( débile les produits au gout thé vert : ca ne veut rien dire ) .
c'est pour cela que je me plait à citer ce produit comme reference gustative .
signé
Anne O'nime

Anonyme a dit…

tiens, du coup je tenterai de le faire en zhong : les notes renvoyant au conifère ne m'ont pas parues si évidentes --à ceci près que les portées miellées sont proches du bourgeon, et de la teneur à la fois ronde et sucrée de conifères de Drôme provençale par exemple, là oui, je raccroche un wagon.

peut-être la porcelaine exacerbe-t-elle les arômes "terpénés", comme elle le fait des "aigus" (acidité, acidulé du fruité quand il est présent, par exemple --mais aussi les pointes sur la gamme des "amers") : par exemple, avec le dong ding 8, il me semble que c'est le cas. la théière va rebalancer les graves et les "étaler" acoustiquement --c'est comme un morceau que l'on joue en faisant varier les curseurs de l'equalizer de sa chaîne.

j'adore ce thé.

toi qui n'est pas profondément fan des miellés, je me demande si Tai Bai Zui Jiu ne te procurerait pas un agrément comparable dans l'expérience. Avec cette réserve toutefois qu'il pourrait être un peu plus "étranger" à ton goût, car sans cette évocation qui -me semble-t-il un peu- rapproche le territoire de Ba Xian de celui d'un Dan Cong.

/flo

(je poste sous l'option "anonyme", celle avec "nom&url" déconne un peu ces temps-ci sous blogger : pas moyen de poster sans cloquer d'url ! la solution serait d'en mettre une fictive, on va voir si le binz se corrige)

T.alain a dit…

Envoutant sortilege des parfums qui nous font tourner la tête...
même lorsqu'il ne sont pas tous portés par des bipèdes!!!
" le fruit frais, sec, la fleur ou le miel ?"j'aurais tendance à répondre la fleur mais les fruits le miel et le boisé comment les plaçés après..pourtant tous ensemble ce n'est guere possible...alors variont les plaisir et payons notre tribut.Pour ma part c'est aprés demain.Un ou deux rochers un DC et quelques autres petites merveilles...

Raphael a dit…

"mais aussi les pointes sur la gamme des "amers"

Lorsque l'on pratique le zhong, il faut être un bon pistolero. Ca se joue à la poignée de seconde, surtout avec les Dan Cong.Un sport tès amusant dans lequell'outil lance au dégustateur un défit de compétence.

La théière est plus large d'esprit mais apporte effectivement autre chose. A ceux qui veulent faire durer le plaisir, je conseille d'attaquer les thés de prestige à la théière et de les finir en zhong pour redonner un coup de fouet.

Raphael a dit…

"les notes renvoyant au conifère ne m'ont pas parues si évidentes "

Cela fait plusieurs fois que je te trouve un palais... baroque ! :o))

C'est toutefois charmant, cette originalité ;o)

Raphael a dit…

"pourtant tous ensemble ce n'est guere possible."

Il ya tout de même certains killers qui cumulent une somme étourdissante de qualités mais tout à la fois, c'est en effet encore inédit.

Comme tu l'évoques, cela permet de pouvoir changer d'univers à chaque dégustation.

Soïwatter a dit…

Une question d'initiateur? Je dirais plutôt une question de tous les jours. Et la réponse bien plus que femme varie...

C'est vrai qu'un DC en zhong, ça peut être épique. Un travail d'orfèvre que de le réussir. Mais ça peut leur donner une tout autre dimension qu'à la théière, claquant dans les aigus et revigorant d'amertume.

Je n'ai jamais vu ces arômes terpénés, ça fait envie. Peut-être ce Week-end?

T.alain a dit…

"Lorsque l'on pratique le zhong, il faut être un bon pistolero"
oui moi perso j'ai usé quelques pétards mouillés avec un MilanDC avant d'avoir en zhong un timing satisfaisant puis "lachement" de repasser en théière où je me suis senti + à l'aise... le thé et mes papilles aussi.
"Il ya tout de même certains killers" faut reconnaitre que parfois je rève (mais seulement rèver)de mourir violement en buvant une tasse de thé!!! ARGHHHH c'est trop bon...couic. Le tout dans l'hypnose d'une extase aromatique, mourir d'un infarctus des papilles, d'overdose papillaire, agueusique et anosmique, la marque de la tasse imprimée sur la joue, la main crispée sur la théière...les yeux grands ouverts sur la liqueur restée stagnante sur le bateau à thé...
Bon vivement demain à la M3T,ça sera certainement + gai...

Michel a dit…

-bittersweet?
- no,no My dear Watson; Sweet- Bitter It's in that Fine subtle balance that discovery begins, that's what make you begging for more...
- I see.. Too sweet and It's so plainly evident that one gets bored quite quick, too bitter and it's gastly.
- Stop yapping and brew that tea will you!

Raphael a dit…

je constate que nous sommes lus depuis Baker street. Ne manquent plus que les "little grey cells" du célèbre détective belge.