16 février 2009
























Vade retro !

Et si l’on cherchait à désapprendre pour mieux approfondir l’étude des thés ?

Il y a déjà plusieurs années que cette idée me trotte dans la tête.
Pourquoi ne pas tenter l’expérience du « blending ».
Entendons-nous bien : il ne s’agit pas de renier la recherche de pureté et le respect du terroir mais il faut bien considérer que nombreuses galettes de Pu Er sont déjà des blend et pas seulement les tâcherons.


Tenez, cette jolie galette n°57 de 2008, n’est-elle pas le blend de deux récoltes ?
Pourquoi ne pas aller encore plus loin et essayer d’unir les forces de différentes familles de thés ?


Imaginez un sheng un peu doux avec une finale sur le fruit frais exotique apportée par un peu de Dan Cong.
Un vigoureux carré 4 aux notes miellées procurées par quelques feuilles de beauté Académique 2.


Un univers sans limites s’ouvrirait à nos papilles, peut-être déjà exploré par certains d’entre vous.

Je vais faire quelques expériences pour voir si cela représente une perte de temps ou si, au contraire, le diable a mis le pied dans l’entrebâillement de la porte…

39 commentaires:

Jean-Claude a dit…

Ce volet de droite du
"Jardin des Délices" ferait très bien chez moi, en attendant les deux autres...
Jérôme Bosch. Quel précurseur!
Très bien vu pour illustrer ton sujet que je trouve tout simplement : GENIAL!
Avec ça, on va devenir fous!
Tant mieux!
Et j'ai l'impression qu'on va aussi bien se marrer!
Il va y avoir de la créativité dans l'air et quelques traces de surdosage dans le fond des caleçons...

Vite, tous à nos éprouvettes!

Thomas a dit…

Excellent!

Oser mélanger les genres, le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est assez audacieux... j'aurais pas osé.

Toutefois, certains mélanges peuvent être intéressants...
je me suis déjà dit que cela pourrait être bien de mélanger du shui xian avec certains thés rouges un peu boisés-chocolatés pour les complexifier un peu, mais j'ai jamais fait le pas d'essayer..

je suis impatient d'avoir les échos de tes "cocktails"...
(prévois toujours un seau à coté de ta table au cas où...;-))

Remets me salutations au diable... ;-)

Raphael a dit…

J'attaque ce soir !
Je vais définir un protocole pour faire semblant de m'y croire.
Je pense procéder avec un zhong histoire de ne pas bousiller des années de cullotage avec une soupette.
Je verrais bien 4g avec des proportions variables en fonction de la puissance des thés.
Je vais attaquer avec des thés "assez" simples pour ne pas gâcher.
Si c'est concluant, j'utiliserai peut-être de meilleurs thés.
On peut imaginer des blend entre Pu Er mais aussi entre différentes familles de thés.
On verra.

Francine a dit…

Je suis moi aussi très curieuse. J'ai déjà fait cela avec des "restes" de différents thés (de même couleur) mais jamais avec de grands crus...

Jean-Claude a dit…

J'ai sous le coude un p'tit cocktail vrac N° 10/1969 et Tié Guan Yin N°3/1967 qui me tente bien...
2G. de chaque dans la marmite en porcelaine et de l'eau chaude. Hoouuu... ça fait peur.
A plus tard. Peut-être...

Raphael a dit…

Oula ! C'est du très lourd ton cocktail !
T'es cap de préparer ça ?

Raphael a dit…

Ce soir, je verrais bien un petit blend Zhu Yé / Galette 45.
Mais bon, on avait dit de commencer doucement alors je vais voir...

Jean-Claude a dit…

"Oula ! C'est du très lourd ton cocktail !"

Et comment!

As-tu vu "Le Testament du Docteur Cordelier"? Jean Renoir, Jean-Louis Barrault, 1958 ou 59 je crois.
Ma petite expérience pourrait bien ressembler à çà...

* T'as de la 45 toi?

Raphael a dit…

"Le Testament du Docteur Cordelier"
non pas vu, navré.

* T'as de la 45 toi?
bah une misère... 40g... J'le bois à genoux sur un prie-Dieu, silice à la cuisse comme un Salvatore de pacotille !

Jean-Claude a dit…

"BLEND JC #1"
Recette :
- 1 zhong
- 1,5 g Pu er en vrac N°10/1969
- 2g Tié Guan Yin N°3/1967
- Départ à 40"
- Appréciation personnelle (maxi 3 étoiles) : * * *

J'étais (presque) sûr de l'alchimie, connaissant assez bien chacun de ces deux thés.
Le résultat est à la hauteur, mais quasiment indescriptible. En bref :
Fond boisé, mousse après la pluie, mais c'est là que le Tié Guan Yin, comme pour se montrer, vient arroser le tout de notes hyper fraîches, végétales et florales, à peine pyrogénées. Le tout "emballé" mi-menthol, mi-bonbon anglais!
Une fraîcheur et une longueur en bouche incroyable. C'est bon, pas lourd, très gourmand, complexe, déroutant.

Essayez si vous avez ces 2 thés. J'ai hâte de recueillir vos impressions.

Plus tard, je passerai à autre chose. Pour l'instant, j'y retourne!

Encore une fois, quelle belle idée Raphaël. MERCI.

Raphael a dit…

Top !
J'ai hâte de m'y mettre, ce soir.
J'ai pas ces deux thés mais je vais trouver un truc sympa.

J'ai pensé que l'on risquait de se heurter à un problème de compression.
Je vois mal un Dan Cong avec un tuyau de chat.
Les feuilles du premier rendent immédiatement, le second a besoin de s'ouvrir.
L'idée du Pu Er en vrac était bonne.
Je suis sûr qu'avec le vrac 26, ça va déchirer !!!

Jean-Claude a dit…

Ah oui, vraiment top! On s'amuse, on découvre, et avec un peu de chance, on se régale!
Fais tout de même attention à la 45 si tu veux bien dormir cette nuit...

Jean-Claude a dit…

"Je vois mal un Dan Cong avec un tuyau de chat."

Pas grave, tu rince d'abord une ou deux fois le tuyau de chat, tu vide, tu rince une fois le DC, tu mets les deux ensemble, et c'est parti!

Jean-Claude a dit…

Question :
L'équilibre du blend va-t-il être maintenu entre un puer qui peu se prendre 10 passages voire plus et une autre sorte qui s'épuise plus rapidement?
j'en suis à 8 avec mon mélange. Ca évolue, mais les deux sont toujours bien liés.
A suivre...

Raphael a dit…

Les Dan Cong tiennent sans problème les 12/15 infusions.
Enfin, les bons et avec des grammages normaux...
Et puis tu peux aussi appliquer la théorie du fusil à deux coups avec des départs successifs.
Un test grandiose: 1 cube 87, puis un second à partir de la 6ème infusion. Tu montes d'un coup en gamme.
Mais bon, on en reparlera.

Jean-Claude a dit…

Tout cela vient de me faire prendre conscience de l'importance du mot ASSEMBLAGE que je préfère, de très loin, à "blend".
Partout il prend son vrai sens :
Mécanique, informatique, mathématiques, littérature, art, astronomie, culture et viticulture... Et j'en passe, et j'en passe.
TOUT n'est qu'assemblage.

Nos Epouses, Enfants (et petits Enfants) ne sont-ils pas la plus belle expression de ce mot magique?

Vain diou! L'assemblage JC #1 commence à faire effet !

edp a dit…

Bravo pour vos recherches et trouvailles !

Jean-Claude a dit…

"Bravo pour vos recherches et trouvailles !"

Sympa, mais il faut participer!

Raphael a dit…

Un peu conditionné par mon envie du moment, mon premier blend n'est pas d'entrée de gamme.
J'avais envie de richesse, de fruité et de fraîcheur.

"BLEND R #1"
Recette :
- 1 zhong
- 2g Pu Er en vrac N°26/2007
- 2g Danc Cong Mi Lan Xiang 5
- Départ à 30", puis 15", 15", 20", 30", 1'
- Appréciation personnelle (maxi 3 étoiles) : **

Après une première infusion trop riche et dominée par le Pu Er (en bouche) mais avec un nez curieux (pas vraiment de blend: couvercle assez Pu Er, tasse plutôt Dan Cong !), les choses entrent peu à peu dans l'ordre.
A partir de la 3è inf, les choses deviennent vraiment intéressantes. Fruit d'été, fraîcheur mentholée, un peu de légume aussi. Un nez très complexe et élégant.
Si l'on considère que le résultat doit être supérieur (ou tout au moins différente) à la somme des deux thés, c'est un réussite sans atteindre le top.
A creuser avec un vieux sheng souple et un wulong un peu moins délicat qu'un Dan Cong.

Jean-Claude a dit…

Si je peux me permettre, je pense (sans en être certain) que les assemblages à base de Pu er doivent privilégier leur accompagnant.
Pour 3,5g (me concernant) de mélange, 1,5g de Puer et 2g "d'autre chose". Peut-être peut-on doser differemment, mais ma base, puisqu'il en faut bien une, repose sur cette formule. Après...?
On cherche, on cherche et tout reste à faire.
Aidez-nous.

Jean-Claude a dit…

Chère Francine.

Merci pour l'intérêt que vous portez à ce sujet de Raphaël.
Non, il n'y a pas QUE les "grands crus". On peut faire vraiment simple, à condition de trouver le bon accord. Comme dans la musique. Et plus c'est simple, plus c'est beau.
Parlez nous de vos thés. Nous essaierons de vous orienter vers un assemblage (sans garantie aucune!).
Mais une Dame qui s'intéresse à notre univers, cela nous fait toujours plaisir.
A votre écoute...

edp a dit…

Alors moi je me demandais, un truc du style : sur un fond de thé blanc généreusement dosé, ajouter juste une feuille ou deux de dan cong. Je ferai l'essai, mais auparavant je dois tester un certain nombre d'échantillons envoyés par de généreux donateurs ...

Raphael a dit…

Ne te demande plus: essaie !

Jean-Claude a dit…

AFTER EIGHT.
C'est "l'idée" du jour. Un assemblage pas cher du tout mais assez délicat à mettre en oeuvre il me semble.
Compte rendu de l'expérience en fin d'après-midi.

Jean-Claude a dit…

"AFTER EIGHT", C'EST RATE !!!
Mais alors, complètement raté!
Et pourtant, même si c'était osé, j'y croyais à cet assemblage entre Su Zhou Dan Gui (rouge au goût chocolaté) et Bi Yun Tian (un bon p'tit vert pour tous les jours). En plus, si ça avait marché, ce n'aurait pas coûté cher. Enfin.
Le dosage, le temps d'infusion et la température de l'eau étant différent pour chacun des deux thés, me voilà parti dans des calculs de probalités (bien entendu).
Je devais m'en sortir avec un zhong pour rincer le vert et le préparer à rejoindre, au moment "opportun", le rouge qui pataugeait déjà dans ma 30cl en porcelaine.
La manip, nickel.
Le breuvage, infecte!
Comme quoi le succès de la veille peut mener le lendemain en enfer!

Bien fait pour ma pomme. J'ai joué, j'ai perdu.
Mais je n'ai pas dit mon dernier mot!

Quant à vous tous, c'est un peu mou dans les expériences...

Raphael a dit…

Jour 2.
On prend le même zhong avec les feuilles de la veille et on recommence.
C'est de mieux en mieux.
L'assise du Pu Er et le fruité du DC. L'équilibre ne bougera plus pendant 6 infusions (qui viennent s'ajouter aux 7 de la veille), avec des temps de 1 à 10mn.
Première conclusion: il faut un peu de temps pour trouver le point d'équilibre, le temps que les deux thés ne jouent plus en solo.
Ne pas se fier aux 2-3 premières infusions pour juger du potentiel du blend.

Jean-Claude a dit…

"Ne pas se fier aux 2-3 premières infusions pour juger du potentiel du blend."

J'aurais dû te mettre de côté une petite tasse de mon "Aftereight" d'hier. Je peux te dire que la première infusion ne m'a pas donné l'envie de poursuivre.
Je vois que ça progresse chez toi. Intéressant.

Je tente autre chose demain.

Jean-Claude a dit…

Après l'euphorie, la réflexion.
Avec les assemblages, on retombe vite sur ses pattes et la vrai réalité des choses. On n'assemble pas au "pif".
N°5 Chanel, Shalimar, etc... ne se sont pas fait en un jour.
Pu er/Pu er, non. Les cultivateurs le font mieux que moi.
Pu er/Wulong, certainement les assemblages les plus intéressants, mais avec expérience(s) et discernement.
Je ne jette plus les dés au hasard.
Je ne jette pas l'éponge. Non plus.
Le blend JC #1, je le sentais. Coup de chance peut-être, mais c'est vraiment bon.
Pour la suite,
je réfléchis...Je réfléchis...
Il n'y aura peut-être jamais de blend JC #2.

Raphael a dit…

Tu veux me faire plaisir:

A peine 2g de vrac 26, 2g de MLX5 en zhong.
Inf courtes: à partir de la 3ème tu te concentres et tu vas jusqu'à la douzaine au moins en poussant.
Tu me diras.

flo a dit…

bon.
my 2 cents.
je n'ai pas dit ça plus tôt parce qu'il ne faut pas gâcher la joie de jouer.
mais.
je tiens le raisonnement suivant : le thé fabriqué est déjà un assemblage (de type "adnïque") aromatique, qui est corrélé à un terroir.
Bien sûr, la fabrication peut intégrer des "exo-gènes" : ainsi les thés aux fleurs (jasmin, rose, osmanthe), pour lesquels les pétales sont retirés après les phases d'imprégnation.
Un assemblage relèverait plutôt du stade de la fabrication (prendre des terroirs différents et dès la phase 1, faire subir le même process au totum des feuilles). Par exemple, cela se fait sur les pu er, et aussi sur les "guang yun gong".
Au moment de l'infusion, on est post-fabrication, malgré l'aspect "fab de liqueur".

dans la phase "fab de liqueur" : les arômes sont extraits et dans l'eau avec la durée se combinent, s'associent, il y a bien une sorte d'assemblage. Donc l'idée d'exo-assembler n'est pas "incohérente", évidemment.

Mais il y a le fait du caractère propre au thé que l'on fait : en modifier le totum aromatique de façon exogène, il y a là une rupture de la logique aromatique plus qu'une recombinaison. la recombinaison me semble pouvoir intervenir plutôt en amont (fab).
Un "mélange" en infusion est peut-être davantage une opération cosmétique : qui peut être sympa, je ne dis pas, mais qui peut coûter autant qu'elle n'apporte, et créer davantage de concurrence ou de conflits d'arômes que d'effet de fusion. cela d'autant plus si on choisit des thés à réelle structure et personnalité aromatique.

compte tenu de tout ce raisonnement préconçu et peut-être faux, je n'ai pas essayé.
en revanche, le gong fu cha en binôme successif, j'aime bien : par exemple, un dan cong suivi de galette 36.

Jean-Claude a dit…

Ok Raphaël. MLX5, j'ai, bien évidemment, mais il faut que je vérifie le vrac 26. 27, sûr...
On ne se lache pas dans cette aventure passionnante.
Ne passionne-t-elle que nous ?

Raphael a dit…

JC,
Si tu n'as pas de vrac 26, tu peux mettre de la galette 45, c'est un peu le même genre de Pu Er mais alors tu mets deux vrais grammes car elle donne davantage sur le fruit que sur le légume.

Flo,
Bien d'accord avec toi sur l'aspect cosmétique artificiel mais seul le résultat compte non ?
Si c'est pour aboutir à un conflit d'arômes et de saveurs, on est bien d'accord sur l'absence d'intérêt. En revanche, certaines combinaisons peuvent se révéler payantes.
Je vais essayer de combiner un Pu Er ancien avec un bleu-vert pour suivre l'exemple de JC.
Je n'ai pas de TGY67 et même si j'en avais, je ne sais pas si j'aurais le courage de faire mumuse avec une telle splendeur.
Je vais plutôt combiner avec un Rocher pour voir.
Bon, je ne fais pas de ces expériences mon quotidien mais cela vaut la peine de tenter le coup.

Raphael a dit…

Blend #2
Je voulais quelque chose de plus rond et chaleureux que la première fois, un peu moins fruité aussi.
Mon choix s'est porté sur un Pu Er ( galette n.4 de 1986) et un wulong (Shui Xian de Taiwan).
Un mariage parfait: galette 4 1986 / Shui Xian Taiwan
Si votre enfance vous a permis de goûter les Négus, vous savez de quoi je veux parler. Un nez chocolaté et caramélisé, beaucoup d'onctuosité avec une finale épicée. Une gourmandise.
Un moment magique s'est produit à la 5ème infusion: une fraîcheur mentholée venue de nulle part, de passage lors d'une seule et unique infusion.
Avec ce blend 2, on touche à une gamme de thés moins prestigieuse que ceux composant le blend 1. On ne deplorera donc pas que les feuilles s'usent plus vite. autant, on peut préparer 8 infusions sans crainte.

edp a dit…

Voici mon premier blend, préparé un peu au hasard. J'ai amené au bureau pour les tester le liu an 1980 de la M3T et la brique Lincang "CNNP Green wrapper" de YS.

Après quelques passages sur chacun, je décide de faire un mélange

Vu le caractère beaucoup plus vif du puer (celui-ci commence à être sucré, en demeurant vif), et les durées d'infusion qui m'ont semblé plus long pour le liu an, je décide de doser plus fortement le liu an (envion 2/3 vs 1/3, désolé je n'ai pas ma balance). D'après mes premiers tests, des infusions autour de 30 secondes permettent un bel équilibre entre les côtés vif du pu er adolescent et posé du liu an...

Raphael a dit…

Oh la-dedans !?!
Ca blend mou !
Faites péter les mélanges, bande de bonnes soeurs tondues !
Vous avez peur du Grand Cornu, ou quoi !?!

Com'on Baby, blend it !

edp a dit…

Sinon il y a le blend de fou : tu choisis 15 thés au hasard et tu infuses cela dans la théière éléphant de grand-mère ...

Ames sensibles, prière de s'abstenir.

Raphael a dit…

Mmmhhh...

Ca marchera pas: j'ai pas la théière en forme d'éléphant.

Kristine a dit…

Belle illustration aussi :)

Raphael a dit…

Tu remarqueras entre autres curiosités la surprenante utilisation de la flûte...