26 février 2008


Ca ne vous rappelle rien ?

Impossible d’allumer le poste sans entendre quelqu’un pleurnicher sur la hausse des prix, notamment alimentaires et notamment dans la grande distribution.

La chasse aux coupables est ouverte : certains accusent les distributeurs, l’opacité du calcul des coûts et de la fixation des prix en fin de chaîne ; pour d’autres, l’émergence de nouveaux marchés créé une telle demande qu’il est impossible de contrôler les prix.
La faute aux Chinois et aux Indiens qui veulent se nourrir à l’occidentale et consomment des céréales et des produits laitiers.

Alors ?

L’opacité des prix, des circuits de distribution, l’ouverture à l’Est du marché, la concurrence de consommateurs asiatiques ?

Le thé bien entendu !

Il aurait fallu interroger le marché du thé pour prévoir la suite.

Nous avions un ou deux ans d’avance sur cette discussion, bien avant le pétrole, l’acier, le lait et le blé. En tous cas, bien avant que cela devienne le sujet de conversation préféré des Français.

Aujourd’hui, dans notre petit domaine d’intérêt, les informations commencent à filtrer sur l’origine des produits, une concurrence s’organise et bientôt verrons-nous peut-être de grands opérateurs chinois du monde du thé débarquer chez nous et nous vendre en direct leurs produits, pourquoi pas ouvrir boutique.
Probablement de l’entrée de gamme, de l’industriel assumé, mais peut-être aussi des produits de qualité plus ambitieux qui stimuleront la concurrence et inviteront peut-être nos revendeurs actuels à ajuster leur marge au marché nouveau.

Un avenir peut-être pas si sombre, donc…

25 février 2008


Comme un moment au coin du feu.


J'ai reçu de Christophe, il y a deux jours, un échantillon de Mi Lan Xiang 4 de la Maison des Trois Thés. Dans cette famille, je suis familier des 1, le 3 et le 5 qui sont des Dan Cong frais.


Le numéro 4 est un Dan Cong vieilli. Je crois qu'il date de 1991 même si cet élément reste à vérifier.


Les feuilles sèches chauffées annoncent clairement que l'on doit être prêt à changer du registre habituel. Ceux qui attendent l'explosion de parfums de fruits frais exotiques en seront pour leurs frais. La tonalité est clairement axée sur le fruit cuit, compoté, voire, la pâte de fruit avec pour orientation la poire, le coing selon moi mais, vous le savez, tout cela est très dépendant du parcours du dégustateur.


Les feuilles réhydratées, confirment cette ambiance.


Les deux premières infusions sont un peu raides et trop corsées pour moi. Les notes de torréfaction me dérangent même si tout cela est bien fondu et sans vulgarité comme à l'accoutumée chez ce fournisseur. Je pense que 5g en zhong est un dosage un peu généreux pour le début de la dégustation. En revanche, la suite est très satisfaisante.


Les infusions se succèdent et mettent en valeur une liqueur qui évoque les meilleurs vins moelleux de Loire. J’ai immédiatement vu revenir en surface des souvenirs de ce merveilleux Haut Lieu, première Trie 1990 de chez Huet.


Ce thé n'est pas, selon moi, un thé de nez. Le démarrage est un peu raide, comme je l'évoquais et la suite bien que plaisante et complexe ne peut rivaliser avec les magnifiques sensations de bouche qu'il procure.

Tout ce dont on peut rêver d'un Wulong de classe est présent: mâche, texture fine, longueur, raffinement des saveurs, complexité et le sentiment de siroter un vieux vin blanc de prestige. Une autre évocation en cours de dégustation: un dessert inoubliable chez Gill à Rouen: un pain perdu aux fruits rôtis au beurre.


Un très beau thé, idéal pour deviser en fin de soirée.




http://www.huet-echansonne.com/Accueil/index.html

http://www.gill.fr/

20 février 2008


A quoi bon...




Oui, à quoi bon consacrer tout ce temps, tout cet argent, tous ces messages sur Internet, toutes ces rencontres entre passionnés, toutes ces dégustations, ces tests de thé, s'il ne s'agit que de boire des produits médiocres.




Avaler des litres et des litres de soupette en cherchant tout le temps le carré de l'hypoténuse, reporter toutes ces magnifiques expériences de Gong Fu Chiant sur de jolis cahiers rangés religieusement dans une jolie étagère, toujours à portée de main et pourquoi ?



Dans quel but ?



Le tuning du thé, en voilà une noble et sérieuse occupation !




Bientôt le kit d'échappement pour théière, la puce pour bouilloire, les jantes chromées pour soucoupes !



Et j'en ai vu des passionnés de l'ordinaire, parader entre amis au comptoir, parfois même avec fière allure, commenter les vertus de telle référence, examiner d'un air professoral la carte, lever les yeux vers les cieux à l'annonce du numéro 2, infiniment supérieur au numéro 1, qu'il faut stocker en masse, des fois qu'il viendrait à manquer mais sans oser aborder les versions qui comptent.



Comment peut-on passer des mois, des années à boire du thé sans jamais goûter à quelque chose de sérieux ?



Mais comment font-ils pour se mentir de la sorte sans broncher ?



Ne jamais acheter de nobles feuilles, même occasionnellement, même rarement, pour savoir... juste pour savoir !



Même s'il y en a peu, même si cela entame le budget de l'ordinaire, même s'il faut se passer de jus de salade pendant 48 heures, même si il n'y en aura pas assez pour le partager, même si ...



Juste pour avoir l'impression, rien qu'une fois d'exister, d'avoir des sens et de s'en servir, pour ne plus être un rat dans sa roue, l'espace d'un thé. Un rat du thé, un raté en abrégé !



Je terminerai sur cette devise qui résume tout:



"La vie est trop courte pour ne pas se la péter" (Christophe, dit Jean Carmet, "Mémoires d'un jouisseur" 2001 aux éditions Caviar et Doigt d'Honneur")

16 février 2008



Envie de fraîcheur, d'un thé simple mais pas trop avec un peu de bouche, de gras mais pas trop et surtout un joli nez fleuri et végétal.


Comme un voile de printemps pour aider cet hiver à tirer sa révérence, enfin.
Un petit trip à la boutique, le temps de présenter le cahier des charges et voilà:
Wen Shan bao Zhong 3.
Tout y est comme demandé avec une classe que je n'avais pas spécialement espérée.
Peu familier avec ce genre de thés, je n'ai pas pris de risque: 3g en zhong.
C'est bien assez pour faire venir les amandes grillées (feuilles sèches) puis les arômes floraux avec une belle huile en bouche et une agréable sensation d'occupation de l'espace.
L'infusion couleur bouton d'or complète ce joli tableau.
A étudier plus sérieusement.

11 février 2008






Les théières, c'est compliqué...


Il y en a de bonnes et de moins bonnes, d'anciennes et de nouvelles, de précises et de généreuses, de chères et de moins chères et de belles et de moches.



Et même en ayant mis de côté les mauvaises, obtiendra-t-on deux fois les mêmes qualités ?



Ce que je pensais déjà m'est confirmé ces jours-ci avec mes "locataires".



Les thés que je connais, avec mon eau, mes dosages et ma méthode sont différents avec les théières qui m'ont été prêtées du résultat que j'obtiens avec mes théières "à moi".



Ce n'est ni mieux, ni moins bien mais un peu différents.



Ici, plus rond, là plus droit, ici plus riche, là plus subtil, etc...



Et puis, entre en ligne de compte la familiarité qui peut exister entre la théière et le thé.



Telle théière sera à l'aise avec telle famille de thé mais telle autre aura l'avantage d'avoir servi de nombreuses fois pour ce thé en particulier et rendra une infusion plus homogène ou du moins plus familière au dégustateur.



Un temps de rodage est certainement à prendre en compte avant de juger tel ou tel outil.



Rodage pour la théière mais aussi pour le dégustateur.



Il faudra résister à la tentation de trouver mieux ou moins bien ce qui est nouveau.



Accepter le droit à la différence sans pour autant que le résultat soit inférieur ou supérieur.



C'est pourquoi, je pense qu'un trop grand nombre de théières peut brouiller les pistes pour les dégustateurs peu expérimentés, notamment.


Pas assez d'utilisations, pas assez de repères sans compter que les théières qui ne servent pas assez perdent en précision. On dit parfois qu'elles s'endorment.



Et puis, de temps en temps, il est bon de retourner au zhong pour se rappeler de ce que la théière perd et améliore, ce que l'on recherche, ce que l'on attend d'elle.


Revenir à la trame juste pour recaler la mémoire.





09 février 2008

Mille excuses...





A tous ceux qui en ont plus qu'assez de voir le carrelage de ma cuisine sur toutes mes récentes photos, je dois une explication.
Je suis plongé dans la pénombre depuis le mois de ... septembre à cause d'un ravalement de mon immeuble.
Je vous promets davantage de variété lorsque les hommes en blanc m'auront un peu oublié...

07 février 2008

Blackteapot expo.





Je profite d'un moment de temps libre pour vous présenter mes nouvelles acquisitions. Ce n'est pas un exemple à donner aux jeunes mais j'ai craqué sur ces quatre beautés et me range définitivement dans la catégorie des acheteurs compulsifs.




Vous apprécierez l'élégance des formes et matières que j'espère avoir restituée avec un minimum de perte.







La plus petite fait partie d'une série de taïwanaises que vous connaissez bien.



Je la destine aux Pu Er.









La petite chocolat aux élégantes proportions est en terre épuisée et offre un "grain de peau" assez proche de la théière disponible à la dégustation à la M3T. Je l'ai testée ces derniers jours avec une galette n°8 de 1985. Le résultat est très transparent, pur et pourtant avec beaucoup de souplesse et de moelleux.











La troisième présente des parois très fines et met particulièrement bien en valeur les wulong faiblement torréfiés, restituant toute leur fraicheur et leur fruité. Ses formes et son couvercle me rappellent un peu l'art déco.









Enfin, la dernière, merveille parmi les merveilles sera consacrée aux Rocher, ses proportions, sa finition, sa couleur chaude et profonde ainsi que son grain si fin concourent à en faire une très grande théière. J'ajoute que son poids impressionnant est au-delà de tout ce que j'ai connu pour un tel volume.




Bon, maintenant j'ai un aveu à vous faire:



Je n'ai pas gagné au Loto le mois dernier...




J'ai beau rêver que ces merveilles m'appartiennent, il n'en est rien.




Disons que l'excellent Antonio et moi-même inaugurons un nouveau concept de garderie pour théières de prestige. Pendant qu'il est en déplacement, j'assure l'entretien et la bonne forme de sa progéniture.





Je voulais juste vous faire profiter de quelques clichés de ces théières qui ne sont pas souvent exposées et en tous cas pas sur le Net.

03 février 2008





Sensualité...



Si seule l'infusion devrait compter, je vous le concède, il est difficile de ne pas succomber au plaisir de la matière, du grain, du rendu lumineux, de la chaleur d'une théière.


Hein, mon Philippe, tu me comprends, toi, hein ?


Plonger dans les rides respectables de la terre ancienne ou dans la douceur d'une plus récente.



Prisonniers, nous sommes et prisonniers, nous resterons de ces charmes discrets.



La relation que nous entretenons avec nos chères théières n'est pas toujours rationnelle, compréhensible pour les "autres", ceux qui sont passés à côté de cette douce folie.




Pour autant, il serait malhonnête de vouloir occulter cette part de plaisir dans la pratique du Gong Fu Cha.


Une fois assumé cet aspect de notre passion, il me semble qu'il faille mériter de tels objets tout de même rares et onéreux. Il convient de ne pas les dévier de leur finalité: le thé.



Alors, utilisez vos théières ou vendez-les, libérez-les !



Car vous ne méritez pas de tels trésors si vous les détournez de leur mission.






Dimanche, fin d'après-midi.

Blackteapot ne vous propose pas d'article révolutionnaire.

Juste un petit remerciement à mes copains Christophe et Antonio pour ce moment fort agréable à la Maison des Trois Thés, hier.

Une petite dégustation entre amis, dans notre QG préféré.

Il est toujours très relaxant de passer un moment du week-end place Monge, de suivre les judicieux conseils de Gilles et d'oublier l'extérieur le temps d'une dégustation.

Il n'est pas facile de trouver du temps pour nous rencontrer et je regrette que les autres bloggers et lecteurs soient plus éloignés de Paris et donc difficiles d'accès.

J'espère que l'avenir me permettra de rencontrer les autres et de revoir ceux que je connais déjà.
Bonne fin de week-end.

28 janvier 2008


La course effrénée du thé.




Je ne voudrais pas paraître écrire pour les autres mais j'ai l'impression que depuis deux ans nous nous mettons une grosse pression sur les stocks de thé et la nécessité d'acquérir le plus de références possible.


Il est vrai que les Pu Er mûrs disparaissent et que bientôt il sera très difficile d'en trouver.


Pour autant, faut-il en acheter plus que nécessaire à notre consommation habituelle ?


Faites vos comptes et vous remarquerez peut-être que vous ne parviendrez pas à boire tout ce que vous avez engrangé. Alors à quoi bon immobiliser des fonds ainsi ...


Prenons un exemple de dégustateur: sa consommation moyenne hebdomadaire peut se calculer ainsi:


8g de Pu Er ancien (dégusté sur deux fois deux jours)


2g de Pu Er jeune


4 à 6g de Wulong


Cela nous fait au moins six dégustations. Ce qui n'est pas énorme mais déjà respectable.


On est donc à 10g de Pu Er hebdomadaires.


Mettons que notre dégustateur respecte ce planning sur 50 semaines par an.


Il consomme donc environ 500g de Pu Er par an.


Rapportez ce chiffre à votre rythme d'achat et vous saurez si vous vous rangez dans le groupe des acheteurs raisonnés ou des acheteurs compulsifs.




27 janvier 2008




Conscient que la barque de Charon vous ait laissés ...perplexes, je vous propose à présent une petite anecdote plus proche de nous tous.


Sommes-nous libres ?
Alors que je me rendais vendredi matin à mon bureau comme je le fais chaque jour, empruntant un bus parisien ; je fus pris d’une traître envie de rebrousser chemin pour rentrer me préparer un Dan Cong.
Je m’imaginais déjà attablé face à un Bai Yé Dan Cong 3 dans le calme du matin, et peut-être écoutant quelques Klavierstücke de Schubert interprétés par Wilhelm Kempf lors de ce merveilleux concert du 5 juin 1969 capté au Queen Elisabeth Hall de Londres.
Mon autobus venait de traverser le Pont du Garigliano qui enjambe la Seine, comme chacun sait, et non le fleuve vert du même nom au nord-ouest de Naples dans lequel fut jeté la dépouille du pauvre Manfred.
De l’autre côté de la chaussée se trouvait un autre bus de la même ligne. Piqué au vif par cette apparition tentatrice, je me vis soudain descendre du bus, traverser la rue et monter dans l’autre bus, savourant déjà en pensée les parfums de fruits exotiques et de frangipane chaude.
Mais quelques scories de conscience professionnelle suffirent à m’alourdir le corps pour que je restasse assis sur mon siège et poursuivisse mon chemin.
J’avais rêvé mon escapade frondeuse davantage que je ne l’avais vécue !

Sommes-nous encore libres de nos envies de thé ?
Obéissons-nous inconsciemment à de sourds appels lancés par nos précieuses feuilles (de thé, pas les oreilles) ?
Et lorsque nous nous consacrons à notre loisir favori, sommes-nous toujours maîtres de notre choix ou au contraire, subissons-nous le secret appel de certaines références ?

Quel temps quotidien consacrez-vous à penser au Pu Er, aux Wulong et autre Gong Fu Cha ?

Enfin, le soir, lorsque vous baissez le rideau du courage et de l’énergie pour vous endormir, emportez-vous dans vos pensées nocturnes quelques théières ou effluves chéries ?

18 janvier 2008


Ivresse de l'ombre.

Il est tout à fait possible de passer à côté des merveilles du monde sans les remarquer.

Le dégustateur curieux trouvera peut-être un jour son Virgile ou sa Béatrice qui lui permettra de voir les étoiles sur le chemin du thé. Pour cela, il aura fallu croiser la panthère, le lion et la louve sans rebrousser chemin et s'affranchir de la luxure, l'orgueil et l'avarice. Car le thé n'est ni luxe, ni fierté et coûte à celui qui l'approche.
Le coût du thé est matériel, certes, car il faut récompenser le travail noble et le savoir. Mais il est aussi dévoreur de temps et de pensées. Il occupe l'espace qui lui est offert et qu'il convient de délimiter.

Voir et sentir au-delà de ce qui est perceptible, réussir le passage sans préter trop attention aux plaintes des damnés de la médiocrité, mais prendre le temps de les interroger pour savoir pourquoi, eux, n'ont pas su entendre le chant du thé.
Pour enfin trouver sa vérité à travers l'expérience et un morceau de connaissance. Accepter la peine et la souffrance de ceux qui ont échoué mais sans les plaindre, car ils ont mériter de rester dans l'ombre.

N'écouter que les douces et réconfortantes paroles du poète et savoir fuir les démons. Marcher le long des cercles et bolges de l'ignorance, toujours plus profond vers la lumière.
Etre seul parmi la masse des ignorants mais suivre en pensée les autres pèlerins qui ont su trouver leur guide et le parcours vers le ciel.
Emmerger du vide et de l'espace infini pour se trouver, enfin. Merveilleux breuvage qui communique avec celui qui lui prête intérêt, lui renvoie son image.
.

On se trouve dans le thé comme on se trouve au fil du temps, au milieu de l'arc de vie, par une forêt obscure.





12 décembre 2007


Il est un temps pour tout.
Boire du thé ne peut ni ne doit occulter les autres plaisirs de la vie.
En cette période de fêtes et de nourriture riche, le Pu Er sera le bienvenu pour alléger les soirées caloriques. Quel meilleur remède qu'un vieux thé souple et fruité pourrait-on trouver au sentiment d'avoir forcé sur les agapes ?
Bientôt sur le départ, j'emporterai avec moi quelques thés salvateurs en prévision du réveillon de Noël.
C'est plus amusant qu'un médicament et met dans de meilleures conditions pour deviser.
Que le Père Noël vous soit attentif et généreux !

27 novembre 2007


La jeunesse n’est pas éternelle.

L’année 2006 nous a ouvert les yeux sur la raréfaction des Pu Er anciens et nous a permis de découvrir sinon d’apprécier les jeunes Pu Er que nous ne connaissions pas jusqu’alors.

L’aventure du thé prenait alors un tournant inattendu en nous invitant à ouvrir notre goût à de nouvelles références.

Souvenez-vous qu’il y a encore peu de temps, les galettes n°10, 30 ou 31 vous paraissaient jeunes…

Nous avons tous fait notre deuil de l’état de grâce que nous vivions depuis des années en dégustant des références des années 70 ou 80 au quotidien.

Aujourd’hui, il faut composer avec l’évanescence des millésimes 2005, 2006 et même 2007, savoir apprécier leur fruité, leur délicatesse. Mais comme l’écrivait Christophe :

« Il n'y a rien à faire le Pu-erh c'est quand même meilleur avec 20 ans derrière le collet »

Certes, mais faute de « plan B », il va falloir faire avec et pour toujours.

Mais à peine digérée, cette révolution fait déjà place à une nouvelle : nos jeunes thés mutent après un an ou deux.
Ils se transforment et entrent dans une phase plus ingrate et semblent nous donner rendez-vous dans quelques années pour l’inauguration de leurs arômes camphrés et boisés.

Alors que l’on nous disait que Pu Er était long à évoluer, notamment hors d’Asie, nous sommes cueillis à froid, condamnés à gérer nos stocks avec un soin métronomique.

Regoûtez comme je viens de le faire la briquette Mengku Lao Ban Zhang 2006 de 90 grammes et vous constaterez qu’elle a atteint la deuxième phase de sa continuelle mutation, perdant de sa fraîcheur, de son fruité et commençant à développer une saveurs boisée et médicinale.

Le temps n’a pas de temps à nous céder et poursuit sa route du thé sans se préoccuper de nos envies du moment et de nos attentes.

Mais l’aventure sera passionnante...

18 novembre 2007





Galette n°53 2007 M3T.

J'ai d'abord écrit un commentaire de dégustation dans lequel je décrivais ma petite expérience de ce thé en précisant qu'il sentait le fruit frais, résistait bien aux infusions, n'avait pas de caractère difficile comme cela peut-être le cas avec les Pu Er jeunes abordables et offrait une infusion pure et savoureuse.
Et puis, je me suis dit que l'on pouvait lire tout cela à chaque fois que l'un d'entre nous appréciait et décrivait un jeune Pu Er recommandable.



Alors je me suis dit:
Que peut-on s'offrir de mieux pour 16 euros et qui dure 60 x 1 heure ?
Quelle est la meilleure chose que vous ayez jamais achetée pour 16 euros ?
Et qui dure ?



Un Moulin à Vent du Domaine de Vissoux 2003 qui sent la fraise des bois ?
3 éclairs au chocolat de chez Fauchon ?
Une boîte de truffes au chocolat de chez Jean-Charles Rochoux ?
Match Point de Woody Allen en DVD chez un soldeur ?
Un onglet de veau déglacé au cognac avec une poêlée de girolles à la crème fraîche à la maison devant la télé ?
Un ticket pour le dernier étage de la tour Eiffel un matin d'hiver où le ciel vire au rose ?
Un petit bouquet de fleurs offert à une fille qui faisait encore les vitrines un soir de Noël à 21 heures ?
Une séance de Photomaton torride avec votre nouvelle (eau) copine/copain ?
Un dernier verre au bar du Lutetia un soir où le pianiste a la visite de son amie ?

Le problème avec tous ces choix, c'est qu'ils ne durent jamais 60 x 1 heure.



Alors croyez-moi, allez vous acheter cette galette et ne pensez plus à tout ça...






13 novembre 2007


Grandes manoeuvres...

Regardez-les évoluer, gesticuler quotidiennement pour accomplir leur labeur, leurs tâches sans plus même réfléchir au but poursuivi.
Contemplez donc la foule que se presse, qui grouille chaque jour, accomplissant les mêmes gestes mécanisés, la tête ailleurs.
Observez les insectes marchant en grappes le long des rues bondées en ces temps de circulation difficile.
Amis étrangers bloggeurs, lecteurs, contemplez depuis votre citadelle le savoureux ballet des Français en mouvement, en dégustant votre thé préféré, la tête rejetée en arrière en signe de détente, de décontraction extrême.

Vous êtes bien, dans la pénombre de votre intérieur confortable et silencieux.
Seul le crépitement de la bouilloire semble capable de vous rappeler au monde des vivants.
Vous avez, pour l’occasion, sélectionné les précieuses feuilles avec un soin tout particulier.
Vous accomplissez les gestes savants du dégustateur de thé en soignant la souplesse des mouvements comme par reconnaissance pour cet instant de pur abandon.
La théière a été soigneusement chauffée afin de permettre d’abord aux feuilles sèches de parfumer délicatement les lieux.
Vous portez au nez la tasse vide et inspirez les promesses invisibles de la liqueur imminente. Puis, vous vous laissez envahir par le précieux élixir en tournant les pages de votre journal, en portant un regard songeur sur les photographies d’insectes en costume d’hiver qui grouillent sous les banderoles.
Tant de rage, de vindicte à distance respectable rend votre bonheur plus palpable que jamais.
Puis, vous jetez un regard de côté vers votre bibliothèque abritant les boîtes de Wulong et vers la jarre pleine à craquer de trente années de millésimes de Pu Er religieusement collectés durant ces dernières années.
Les grèves peuvent bien durer…

09 novembre 2007




Un rendez-vous important...


Poursuivant l'exploration des Dan Cong, j'ai suivi le conseil de l'un d'entre vous qui se reconnaîtra et acheté une boîte de Zhu Yé. Autant le préciser d'entrée, si vous êtes un peu "short" en ce moment, ne regardez pas le prix au gramme... 39 euros / 30g, on entre clairement dans une gamme de prestige. Mais... quel bond en avant !


Je vous le confesse tout net, c'est l'un des plus beau Dan Cong que j'aie pu déguster jusqu'ici. On est au-delà des mots et de toute tentative de description.

Je m'y hasarde toutefois.

Un nez très complexe avec des notes de fruits: ananas et mangue rôtis, calisson, des notes boulangères de pain chaud.

En bouche, c'est le festival: comme un démon, le thé se jette au palais et emprisonne la langue avec une effervescence poivrée unique.

Il y a une vraie personnalité dans ce thé. C'est toujours émouvant de voir que l'on peut aller si loin dans le raffinement avec quelques feuilles de thé. Faut-il vous préciser que la longueur en bouche est interminable et qu'il tient très bien les infusions lointaines ?






Pour cette expérience unique, j'ai suivi le même protocole que la fois précédente en alternant le zhong et la théière. Infusion 1, 3, 5, 6 et 7 en zhong; infusion 2 et 4 en théière.


Mon sentiment se confirme et s'accentue: je préfère nettement le zhong. On perd trop en fraîcheur, en dynamique et en détail avec la théière. La tasse à sentir n'a rien à voir avec le couvercle du zhong. La rondeur gagnée ne me semble pas compenser l'imprécision. Quand je pense que j'ai en main une théière de très grande classe, je me dis que ce n'est pas la peine d'insister en ce qui me concerne car, encore une fois, je ne prétends pas à l'universalité. Il s'agit bel et bien un choix d'esthétique de dégustation et de priorité.



06 novembre 2007








Les années passeraient et se ressembleraient ?


J'évoquais le problème avec Antonio, récemment.


Si l'on voit arriver régulièrement chez nos marchands de thés favoris de nouveaux millésimes de Pu Er, de wulong et autres thés verts, nous n'avons aucune information sur les qualités et vertus des millésimes qui se succèdent.


Or, je suppose qu'à l'instar du vin, le thé ne bénéficie pas tous les ans des mêmes conditions météorologiques. Pour une référence donnée, il doit donc y avoir matière à communiquer sur l'évolution d'un thé d'une année sur l'autre et au-delà.


Si l'on peut acquérir un même thé plusieurs années de suite, il serait intéressant de savoir de quelles conditions il a pu bénéficier avant d'arriver sur notre table.


Quen pensez-vous ?

04 novembre 2007



Il y a longtemps que je voulais comparer le zhong et la théière pour la préparation des Dan Cong. J'ai réalisé mes essais avec un Bai Yé Dan Dong 3 fraîchement acquis. Autant le dire tout de suite, la différence n'est pas énoooooorme. Non, on est davantage dans le domaine du subtil, de plaisirs, de sensations différentes. Les gestes y sont pour beaucoup. Et puis, la théière est plus performante pour les infusions longues car elle garde mieux la température que la porcelaine.
Cela posé, il faut retenir plusieurs éléments. D'abord, il faut une très bonne théière qui tire le maximum des feuilles et reste bien chaude, ne vient pas trop arrondir ou masquer les parfums et saveurs tout en ajoutant ce liant qui est moins net avec la porcelaine. J'ai le sentiment qu'une théière pour ce type de thés devra être fine et très réactive pour une montée en température éclair.
la petite Zhuni "chaudron" est un modèle du genre. Le zhong sera toujours plus précis pour une analyse du thé et notamment de ses premières intentions. La fraîcheur des parfums, le croquant, le fruité propre aux Dan Cong sera parfaitement restitué avec le couvercle du zhong. Mais pas de grosse frustration à mon sens pour ceux qui ne pourront pas investir dans une théière de potier en terre épuisée de Yixing. Un zhong à 5$ donnera déjà de grandes satisfactions. Il me semble que la théière s'impose davantage pour les Rocher et surtout pour les Pu Er qui demandent de soigner la mâche, le "tombé en bouche", l'orchestration des saveurs.

Vous aurez peut-être un avis différent, des priorités différentes. Mais avant d'investir dans une théière de potier, il convient de déterminer ce que l'on recherche comme sensation, dresser un cahier des charges. Personnellement, je ne me vois pas déguster les Rocher en zhong, j'ai essayé; il me manque quelque chose. Dans le cas des Dan Cong, même si pour l'heure je manque de recul, je suis moins exigeant. Pour l'instant...

02 novembre 2007




Après un début timide et mais généreux, l’automne semble s’installer sur la capitale.
Les feuilles, si tendres il y a encore une poignée de jours, arborent leur robe mordorée.
L’appel des Rochers ne saurait tarder dans de telles conditions.




C’est ainsi que je vous invite virtuellement à la dégustation d’un Bu Jian Tian.




Comme vous le constatez, les feuilles rincées évoquent les délices de l’enfance, les pâtisseries chaudes rassurantes, le cacao fumant de la chocolatière. Mais le raffinement et la puissance des parfums préparent à une dégustation racée.




La première infusion présente une bouche intense et sensuelle malgré une légèreté toute en promesse. Vous passez à proximité de votre conquête et captez à la dérobée un parfum fleuri inattendu et une acidité qui fixe la ligne de fuite imaginaire. Le souvenir d’une aventure avec un Shui Xian 5 est vivace.




La liqueur est là, offerte à la contemplation, jaune légèrement orangé et joliment transparente.
L’infusion suivante est plus corsée et ne s’embarrasse plus de formalités avec davantage d’acidité au nez, de cire comme dans l’évocation d’un presbytère de campagne entretenu comme à la veille d’une noce ou de funèbres préparatifs.



La bouche est légèrement farineuse, granuleuse. Il y a du corps et de la chair dans cette dégustation. Les senteurs de réductions balsamiques vous font tourner la tête tandis que les parfums dansent une valse endiablée pendant plus de deux minutes dans la tasse à sentir. Dame nature palpite par tous vos pores.
Vous avalez enfin, sans rougir et gardez l’onde d’une subtile amertume végétale sans retour possible.



La dernière tasse de cette infusion a perdu en chaleur ce qu’elle gagne en parfums floraux capiteux comme après le passage de quelque créature vêtue de velours pourpre. Votre palais est légèrement brûlé comme après l’alcool, râpeux, âpre et délicieusement dévasté. Vous palpitez de plus belle.






Votre troisième infusion pleine de force vous laisse pourtant un sentiment de transparence, de limpidité et la robe arbore maintenant la couleur orangée et lumineuse d’un matin d’été. Vous êtes calme et détendu, comme offert à votre dégustation, disponible pour de nouveaux plaisirs que ce thé vous réservera au fil des infusions prochaines.