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08 novembre 2008


L'automne est bien là,

J'ignore comment font les personnes qui vivent dans des régions du monde où les saisons se ressemblent. J'ai besoin de ces successions même si l'automne demande beaucoup au moral. Il faut du cran pour supporter de quitter l'été et sa douceur, son plaisir de vivre. La saison suivante est celle d'un long processus de dépouillement. On perd pour mieux retrouver au printemps. On y laisse aussi parfois un peu de son courage. Alors, l'envie réapparaît de créer une ambiance chaleureuse. On recherche les siens, les objets chers, les lainages, les feux de bois et les bougies, tout ce qui peut rappeler la lumière et la chaleur perdues. Même les thés dégustés ne sont pas les mêmes. Les Rocher sont à l'honneur, les saveurs et parfums de fruits sec et les notes pâtissières sont appréciés.
Tié Guan Yin n°4 découvert tardivement grâce à Florence, Shui Xian 5, fidèle compagnon des saisons froides, Da Hong Pao 4 et sa force réconfortante, Mi Lan Xiang 4 qui débarque parmi les familles de Wulong moins estivales que la sienne, Bu jian Tian et son grain poudré qui évoque la cacao sans faire l'impasse sur des notes fleuries.
Sans parler des Pu Er qui s'invitent dès que la pluie entre en scène.

Il nous faut cette richesse, ces parfums capiteux pour affronter l'hiver prochain, traverser la longue nuit de l'année et gagner une nouvelle fois la lumière du jour.

02 novembre 2007




Après un début timide et mais généreux, l’automne semble s’installer sur la capitale.
Les feuilles, si tendres il y a encore une poignée de jours, arborent leur robe mordorée.
L’appel des Rochers ne saurait tarder dans de telles conditions.




C’est ainsi que je vous invite virtuellement à la dégustation d’un Bu Jian Tian.




Comme vous le constatez, les feuilles rincées évoquent les délices de l’enfance, les pâtisseries chaudes rassurantes, le cacao fumant de la chocolatière. Mais le raffinement et la puissance des parfums préparent à une dégustation racée.




La première infusion présente une bouche intense et sensuelle malgré une légèreté toute en promesse. Vous passez à proximité de votre conquête et captez à la dérobée un parfum fleuri inattendu et une acidité qui fixe la ligne de fuite imaginaire. Le souvenir d’une aventure avec un Shui Xian 5 est vivace.




La liqueur est là, offerte à la contemplation, jaune légèrement orangé et joliment transparente.
L’infusion suivante est plus corsée et ne s’embarrasse plus de formalités avec davantage d’acidité au nez, de cire comme dans l’évocation d’un presbytère de campagne entretenu comme à la veille d’une noce ou de funèbres préparatifs.



La bouche est légèrement farineuse, granuleuse. Il y a du corps et de la chair dans cette dégustation. Les senteurs de réductions balsamiques vous font tourner la tête tandis que les parfums dansent une valse endiablée pendant plus de deux minutes dans la tasse à sentir. Dame nature palpite par tous vos pores.
Vous avalez enfin, sans rougir et gardez l’onde d’une subtile amertume végétale sans retour possible.



La dernière tasse de cette infusion a perdu en chaleur ce qu’elle gagne en parfums floraux capiteux comme après le passage de quelque créature vêtue de velours pourpre. Votre palais est légèrement brûlé comme après l’alcool, râpeux, âpre et délicieusement dévasté. Vous palpitez de plus belle.






Votre troisième infusion pleine de force vous laisse pourtant un sentiment de transparence, de limpidité et la robe arbore maintenant la couleur orangée et lumineuse d’un matin d’été. Vous êtes calme et détendu, comme offert à votre dégustation, disponible pour de nouveaux plaisirs que ce thé vous réservera au fil des infusions prochaines.







24 juin 2007



Rien de tel qu'un dimanche au calme pour déguster un thé du Rocher, en l'occurence un Da Hong Pao 4. Dosé à 7g en théière yixing de 16,2 cl, ce thé puissant mais délicat est une invitation à la gourmandise. Les notes toastée, patissières caractéristiques de cette famille de thés sont bien présentes. Un sentiment de financiers sortant du four. Vanille, épices, mais aussi un parfum floral, sucré, de cire. Un arrière goût végétal enfin, à la manière de certaines courges. Au fil des infusions, la bouche perd un peu de sa grande force et laisse place à une saveur de confiture de poire, de coing, de pain grillé, de pâte d'amande plus apaisée.



Les infusions se succèdent sans chute brutale de précision, de matière. Il faut connaître un tel thé, un thé de sensations physiques, qui interagit avec le corps du dégustateur. Le souffle, l'énergie, le sentiment de satiété en sont affectés. La variété des Rocher est très nourrissante mais paradoxalement me déclenche d'intenses fringales quelques heures plus tard.


Il faut se frotter au Da hong Pao 3 pour comprendre que l'on peut aller encore beaucoup plus loin dans le raffinement et toucher du doigt une sorte de perfection dans la riche famille des Wulong. Hélas, le cap à franchir se paie. Mais il faut s'offrir au moins une fois le voyage pour comprendre toute la richesse de cette famille.

La dégustation est à présent terminée. La théière a oeuvré avec talent et l'expérience de nombreuses années. Elle a permis de sonder les arcanes du thé, notamment grâce à sa faculté de conserver une très haute température durant les infusions, même les plus longues.

18 avril 2006


Si les Pu Er m’accompagnent au quotidien, il m’arrive de consacrer certains moments privilégiés à la dégustation de thés bleu-verts de la famille des « Rocher ». Sensiblement torréfiés, leur univers fait le lien avec celui des thés anciens. Leurs caractères floraux et fruités m’évoquent les gourmandises de l’enfance, sucres d’orge, madeleines juste sorties du four, financiers, confitures de fruits d’été. Pour mettre en valeur la force et la complexité aromatique de ces thés, je fais confiance à une théière en terre de Yixing, acquise il y a quelques années. Sa surface présence de caractéristiques ridules qui évoquent le chemin du temps sur la peau. Une manière pour l’objet de rendre hommage à son propriétaire.